Enjeux sociaux et politiques d'Internet

Prof. Boris Beaude

UNIL - Master en humanités numériques & Sciences sociales

Objectif

Cet enseignement présente l’histoire ainsi que les aspects techniques, culturels et économiques d’Internet, afin de mieux en saisir les enjeux sociaux et politiques contemporains.

À l’issue de ce cours-séminaire, les étudiant·es seront capables de :

  • Comprendre les fondements techniques d’Internet (commutation de paquets, client-serveur, cookies, etc.).

  • Mener une réflexion sur les notions relatives à Internet (intelligence collective, intelligence artificielle, économies d’échelle, bulles de filtre, traces numériques, fake news, darknet, etc.).

  • Saisir les enjeux sociétaux associés à Internet (gouvernance, fracture numérique, digital labor, vie privée, etc.).

  • Situer et concevoir Internet dans une perspective historique et politique.

  • Identifier les acteurs de la conception, de l’évolution, des usages et de la gouvernance d’Internet.

Contenu

Après l’écriture, le livre, la presse, la radio, le télégraphe, le cinéma, la photographie, le téléphone, puis la télévision, Internet s’inscrit dans le prolongement des techniques de communication. L'acte le plus élémentaire de la communication consiste essentiellement en la transmission d’informations dans l’espace et dans le temps. Ces techniques ont permis de transmettre des informations plus loin, plus tard et à un plus grand nombre d’individus, en perfectionnant et en spécialisant régulièrement les moyens de cette transmission.

L’interaction sociale, la constitution des identités, des cultures et des organisations sociales se sont ainsi déployées sur des distances de plus en plus importantes. Cet enseignement propose d’inscrire Internet dans le prolongement de cette histoire des médiations sociales, afin de mieux en saisir la singularité, l’efficience, mais aussi les vulnérabilités.

Cet enseignement se divise en deux approches distinctes. La première, sous forme de cours, propose de situer les débats contemporains sur les enjeux sociaux et politiques d’Internet dans le contexte plus général du changement des modalités pratiques de l’interaction sociale. En changeant profondément l’espace qui est entre nous, Internet crée de nouvelles relations et de nouvelles virtualités constitutives de nos existences, de nos coexistences et de nos existences à venir. Nous discuterons successivement de nombreux enjeux parmi les plus saillants, soulignant la pluralité des problématiques associées à l’émergence d’Internet, tout en rappelant à quel point il s’agit essentiellement de problématiques relationnelles, sociales et politiques. La dimension technique d’Internet sera ainsi toujours située entre les intentions et les actions, comme dispositif et comme projet, en considérant son agentivité, mais aussi l’environnement qui la rend possible (détails des séances ↓).

La seconde approche, sous forme de séminaire, est plus exploratoire. Après quatre séances qui accompagnent les premières parties du cours (neutralité du net, Déclaration d’indépendance du cyberespace, Wikipédia et Code is law ?), elle se concentre sur la relation entre la sphère publique et l’intelligence artificielle, c’est-à-dire sur ce que les machines font à ce qui peut être dit, vu, cru et contesté en public, et qui en décide. Chaque lundi, dans le prolongement du cours, une séance aborde l’une des conditions de la sphère publique (l’échelle à laquelle elle se forme, ce qui finance l’information, qui peut y parler, qui juge de ce qui y circule, par où l’on y accède et ce qui la protège) à partir d’une problématique en tension. Aucune manière d’y répondre n’est neutre, car celle qui résout un problème en fait souvent émerger d’autres. Deux cas récents, choisis parce qu’ils posent des problèmes différents, en éprouvent la portée. Chaque groupe arrête une orientation, éventuellement assortie d’une condition, avant que deux épreuves ne la mettent en question, l’une en l’exposant à un pouvoir arbitraire, l’autre en la confrontant à ce qui existait avant l’IA. La séance de conclusion confronte les choix du semestre, relève leurs éventuelles contradictions et examine, pour chaque problème rencontré, si ce que fait l’IA prolonge ce qui prévalait, l’amplifie ou constitue une rupture plus fondamentale, dans une sphère publique dont les problèmes sont bien antérieurs à l’IA (synthèse du dispositif ↓ et détails des séances ↓).

Notions abordées dans cet enseignement :

Alternative facts, Astroturfing, Biais, Big data, Bitcoin, Blackbox society, Blockchain, Clickbait, Code is law, Code/Space, Cookies tiers, Crowdfunding, Crowdsourcing, Cyberculture, Cyberespace, Cybernétique, Cyberwarfare, Darknet, Deep learning, Deep Web, DeepFake, Digital labor, Distance, DNS, DRM, Droit à l’oubli, Droits voisins, Déconnexion, Echo Chamber, Économie de l’attention, Économie du partage, Économies d’échelle, Effet de réseau, Espace, Fake news, FOMO, Filter bubble, Fractures numériques, GAFAM (BATHX, NATU…), Géolocalisation, Gouvernance d’Internet (ICANN, ISOC, IETF, RFC, IGF…), Hacking, IoT, Libertarianisme, Lieu, Machine learning, Neutralité du net, P2P, Pervasivité, Positivisme, Post truth society, Prédiction, Publicité ciblée, Revenge Porn, Réalité augmentée, Réalité virtuelle, Réductionnisme, Slacktivisme, Sécurité, Tor, Virtuel. (détails des séances ↓).

Introductions

Séance Ci - lundi 14 septembre 2026
Introduction - Enjeux sociaux et politiques d'Internet

Séminaire Si - lundi 14 septembre 2026
Introduction - Choix du séminaire

Cours

Internet ?

Séance C1 - lundi 28 septembre 2026
Internet, un dispositif technique & un espace politique

Les utopies d’Internet

Séance C2 - lundi 5 octobre 2026
Internet, une utopie ?

Séance C3 - lundi 12 octobre 2026
Les utopies d’Internet 1

Séance C4 - lundi  19 octobre 2026
Les utopies d’Internet 2

La gouvernance problématique d'Internet

Séance C5 - lundi 26 octobre 2026
De l’abolition de l’espace… à l’émergence des territoires

Semaine Intercalaire

Séance C6 - lundi 9 novembre 2026
De la gratuité… à la propriété

Séance C7 - lundi 16 novembre 2026
De la liberté d’expression… au ciblage de l’individu

Séance C8 - lundi 23 novembre 2026
De l’intelligence collective… à l’intelligence artificielle

Séance C9 - lundi 30 novembre 2026
De la décentralisation… à l'hypercentralité

Séance C10 - lundi 7 décembre 2026
De la résilience… à la vulnérabilité

Séminaire

Internet ?

Séance S1 - lundi 28 septembre 2026
La neutralité du net

Les utopies d'Internet

Séance S2 - lundi  5 octobre 2026
La déclaration d'indépendance du cyberespace

Séance S3 - lundi 12 octobre 2026
Wikipédia

Séance S4 - lundi  19 octobre 2026
Code is law ?

La gouvernance problématique

Séance S5 - lundi 26 octobre 2026
Entre la règle mondiale… et la règle locale

Semaine Intercalaire

Séance S6 - lundi 9 novembre 2026
Entre laisser circuler… et préserver les sources

Séance S7 - lundi 16 novembre 2026
Entre protéger l'anonymat… et situer la parole

Séance S8 - lundi 23 novembre 2026
Entre automatiser le jugement… et l'incarner

Séance S9 - lundi 30 novembre 2026
Entre centraliser l'accès… et le décentraliser

Séance S10 - lundi 7 décembre 2026
Entre contredire… et exclure

Conclusions

Séance Cc - lundi 14 décembre 2026
Conclusion : Now what ? This is not Cyberspace anymore !


Détails des séances ↓

Séance Sc - lundi 14 décembre 2026
Quelle sphère publique ?

Détails des séances ↓

Cours

L’espace qui est entre nous

"The best minds of my generation are thinking about how to make people click ads, that sucks."

Jeff Hammerbacher, 14 avril 2011 

Carte partielle d'Internet : des milliers de liaisons entre adresses IP, en lignes colorées sur fond noir, forment un réseau en grappes étoilées

C1. Internet ?

Internet, un dispositif technique, un espace politique

Qu’est-ce qu’Internet ?

Notions (Internet) : suite de protocoles Internet (TCP/IP), commutation de paquets, DNS, Request for Comments (RFC), couche physique, de liaison de données, réseau, transport et application, numérisation.

Notions (Internet) : Internet, Web, hypertexte, HTTP, HTML, CSS, JavaScript, Web 2.0, cookie, Ajax.

Gouvernance d’Internet : ISOC, ICANN, IETF, TLD, ccTLD, espace, enjeux sociaux, enjeux politiques.

Internet Society, Un bref historique de l’Internet, 1997

CERN, Brève histoire du Web, 2001

Martin Dodge & Rob Kitchin, Atlas of Cyberspace, 2008

Portrait dessiné de John Perry Barlow en gros plan, où transparaissent en filigrane des mots de sa Déclaration d'indépendance du cyberespace

C2. Cyberespace ?

Internet, une utopie ?

Lecture
John Perry Barlow. 1996. "A Declaration of the Independence of Cyberspace". EFF.
- Version française
- Vidéo

Turner, Fred, 2012, Aux sources de l’utopie numérique  C&F éditions (préface de Dominique Cardon).


Version originale : From Counterculture to Cyberculture: Stewart Brand, the Whole Earth Network and the Rise of Digital Utopianism, 2006, University of Chicago Press.

Un chien assis devant un ordinateur dit à un autre chien : « Sur Internet, personne ne sait que tu es un chien »

C3. Les utopies d’Internet

Espaces, gratuités et libertés

Internet abolirait la distance, mais aussi les contraintes territoriales, rendrait négligeables les coûts de transmission de l’information et permettrait une expression anonyme et individuelle.

Notions (espaces) : cyberespace, espace, territoire, synchôrisation, ubiquité, pervasivité, télétravail, enseignement à distance, MOOC, virtuel / réalité augmentée / réalité virtuelle

Notions (gratuités) : économie d’échelle, coût marginal, effet de réseau, logiciel libre (free software), free culture, copyleft, Creative Commons.

Notions (libertés) : avatar, anonymat, pseudonymat, nétiquette, newsgroup, pages personnelles, blogs, médias sociaux, lanceurs d’alerte.

Lessig Lawrence. 2004. Free Culture, The Penguin Press (version française).

Chris, Anderson. 2009. Free: The Future of a Radical Price Culture, Hyperion.

Slogan « Fight for net neutrality » sur une banderole qui entoure un globe, au centre de traits colorés rayonnants

C4. Les utopies d’Internet

Intelligence, décentralisation, résilience et neutralité

Internet permettrait de faire émerger de l’intelligence par la simple mobilisation effective des compétences individuelles et serait plus résilient en privilégiant la décentralisation du dispositif technique.

Notions (intelligence) : légitimité a priori / a posteriori, stigmergie, folksonomies, crowdsourcing, crowdfunding.

Notions : client, serveur, décentralisé, distribué, P2P, RSS, désintermédiation, cybernétique, feed-back, auto-régulation, neutralité du net.

Wu, Tim, Network Neutrality, Broadband Discrimination  Journal of Telecommunications and High Technology Law, Vol. 2, p. 141, 2003.

Lévy, Pierre, 1994, L'Intelligence collective : Pour une anthropologie du cyberspace, La découverte.

Lawrence Lessig, auteur de « Code is law », photographié la main au menton

C5.1. Code is law ?

Internet, du code politique ?

Lecture
Lessig, Lawrence. 2000. "Code Is Law. On Liberty in Cyberspace". Harvard Magazine (traduction française).

Notions : Code is law, code, architecture web, algorithme, PageRank, consentement.

Lessig Lawrence. 1999. Code and Other Laws of Cyberspace. Basic Books (pdf).

Lessig, Lawrence. 2000."Cyberspace’s Constitution, Draft 1.1", Lecture given at the American Academy, Berlin, Germany, February 10, 2000.

Lessig Lawrence. 2006. Code version 2.0. Basic Books (pdf).

Logo de Facebook imprimé en 3D devant le drapeau de l'Union européenne : une plateforme mondiale face à un territoire politique

C5.2. Espaces

De l’abolition de l’espace… à l’émergence des territoires

Internet est de plus en plus confronté aux territoires politiques, géopolitiques, économiques, culturels et environnementaux…

Notions : balkanisation d’Internet, fractures numériques, cyberwarfare, ressources (énergies et métaux rares), digital labor, IRL, smart city.

Graham, Mark, Straumann, Ralph K et Hogan, Bernie. 2015. "Digital Divisions of Labor and Informational Magnetism: Mapping Participation in Wikipedia", Annals of the Association of American Geographers, vol. 105, n°6, p. 1158‑1178.

Vu de dos, un homme porte sur l'épaule une perche d'où pendent deux seaux pleins de logos de plateformes, dont Amazon, Twitter, Facebook et Instagram

C6. Économies

De la gratuité… à la propriété

Le coût négligeable de la circulation et de la reproduction de l’information ne signifie aucunement que le coût initial de sa production le soit aussi...

Notions : économie de l’attention, dopamine, économie du partage, économies d’échelle, effets de réseau, biens rivaux, digital labor, DRM (Digital Rights Management), droits voisins, adblocker, long tail, API.

Citton, Yves (dir.). 2014. «Introduction» in L'économie de l'attention: Nouvel horizon du capitalisme ?. La Découverte.

Cardon, Dominique et Casilli, Antonio A. 2015. «Qu'est-ce que le digital labor?». INA Editions.

Bulle de filtre : « You » enclos par Google, Amazon, Netflix, Yahoo News, Flipboard, Huffington Post et Washington Post, à l'écart des points colorés

C7. Ciblages

De la liberté d’expression… au ciblage de l’individu

Quelle est la valeur de la liberté d’expression lorsque l’on a plus l’assurance de l’identité de la source ?

Notions : cookies, cookies tiers, tracking, geotraking, gatekeeper, troll, sock puppet / faux-nez, clickbait, fake news, bullshit, post-truth society, deepfake, publicité ciblée, revenge porn / pornographie involontaire, harcèlement, cyberbullying, sous-veillance, assignation à la transparence, droit à l’oubli, cancel culture,
information overload / surcharge informationnelle, vie privée, modération, anonymat.

Yochai Benkler, Robert Fais and Hal Roberts, Network Propaganda Oxford University Press, 2018.

Roy Pinker, Fake news & viralité avant Internet, CNRS Editions, 2020.

Sarah T. Roberts, Derrière les écrans, La Découverte, 2020.

Jeune homme dans l'obscurité, le visage et la chemise couverts de métadonnées de tweets projetées en lignes de code

C8. Délégations

De l’intelligence collective… à l’intelligence artificielle

En l’absence d’auto-régulation, la régulation est de plus en plus déléguée à des algorithmes, sans pour autant être efficiente ni explicite...

Notions : astroturfing, A/B testing, bulles de filtre, PageRank, black box society, cybernétique, social credit system (Chine), consentement, biais, data-driven society, intelligence artificielle, big data, machine learning, deep learning, gouvernance algorithmique.

Rouvroy, A. & Berns, Thomas. 2013. «Gouvernementalité algorithmique et perspectives d’émancipation». Réseaux, 177, 1, pp 163–196.

boyd D., Crawford K. 2012. "Critical questions for big data", Information, Communication & Society, 15, 5, pp 662‑679.

Casilli, Antonio. 2019. « En attendant les robots. Enquête sur le travail du clic ». Seuil.

Joy Buolamwini. 2016."How I'm fighting bias in algorithms", at TEDxBeaconStreet.

O'Neil, Cathy. 2016. "Weapons of Math Destruction: How Big Data Increases Inequality and Threatens Democracy", New York : Crown/Archetype.

Pariser, Eli. 2011. "The Filter Bubble: What the Internet Is Hiding from You", The Penguin Press.

Pasquale, Frank. 2015. "The Black Box Society: The Secret Algorithms That Control Money and Information", Harvard University Press.

Sunstein, Cass R. 2007. "Republic.com 2.0", Princeton University Press.

Foule de minuscules silhouettes au pied d'un immense mur bleu percé d'une ouverture lumineuse en forme de « f », le logo de Facebook

C9. Intermédiations

De la décentralisation… à l'hypercentralité

 La décentralisation du réseau n’assure aucunement celle des pratiques.

Notions : GAFAM (BATHX, NATU…), blockchain (preuve d’enjeu et preuve de travail), bitcoin, hypercentralité, (ré)intermédiation, désintermédiation, réintermédiation, ubérisation, plateformisation, winner takes all.

Boullier Dominique, « Politiques plurielles des architectures d'Internet », Cahiers Sens public, 2008/3 (n° 7-8), p. 177-202.

Méadel, Cécile et Francesca Musiani (coord.). 2015. Abécédaire des architectures distribuées. Presses des Mines.

Satoshi Nakamoto. 2009. "Bitcoin: A Peer-to-Peer Electronic Cash System". Bitcoin.org.

Satoshi Nakamoto. 2009. "Bitcoin open source implementation of P2P currency".P2P Foundation.

Processeur Intel Core i7 sur une carte mère, entre les logos de Meltdown et de Spectre, failles de sécurité des processeurs

C10. Résiliences

De la résilience… à la vulnérabilité

La résilience du réseau n’assure aucunement celle des dispositifs qui s’y connectent.

Notions : IoT, firewall, hacking (black & white hat), distributed denial of service (DDoS), surveillance, WikiLeaks, Digital Dark Age.

Portrait de danah boyd

Ci. Conclusion : Now what ?

This is not Cyberspace anymore!

Lecture
danah boyd. 2016. "It’s not cyberspace anymore". Data & Society: Points.

Séminaire

Sphère publique et IA

S5 → Sc · 26 octobre → 14 décembre 2026 · lundis

Version provisoire du 11 octobre 2026

Une société ne se pense pas sans médiations. Ce qu'elle tient pour vrai, ce dont elle débat et la manière dont elle se reconnaît des problèmes communs dépendent de conditions que personne ne choisit seul. Ces conditions tiennent aux règles qui encadrent la parole publique, comme aux intermédiaires qui la font circuler, de la presse aux plateformes numériques. Ces intermédiaires ont toujours rédigé, trié, passé sous silence et cherché à convaincre, mais ces opérations avaient un coût. Elles mobilisaient des rédactions, des agences, des militant·e·s ou des fermes de comptes, et ce coût suffisait souvent à en limiter la portée.

L'intelligence artificielle permet de les accomplir automatiquement, à un coût marginal et à une échelle sans précédent, jusque dans la conversation qu'une machine peut tenir avec chacun·e en particulier. Ce que leur coût limitait ne peut plus l'être que par des choix. Reste à savoir si ce changement d'échelle prolonge les problèmes de la sphère publique, les amplifie ou constitue une rupture plus fondamentale. Il convient aussi de déterminer qui doit désormais fixer ces conditions.

Chaque lundi, dans le prolongement du cours, le séminaire examine l'une d'elles à partir d'une problématique en tension, c'est-à-dire d'une question qui oppose des orientations également défendables, comme protéger l'anonymat ou situer la parole. Aucune manière d'y répondre n'est neutre : résoudre un problème en fait souvent émerger d'autres, si bien que les choix ne départagent pas seulement des solutions, ils dessinent des mondes différents. À chaque séance, deux événements récents, qui posent des problèmes différents, permettent d'en éprouver la complexité. La dernière séance confronte l'ensemble des choix du semestre, pour en relever les contradictions et dire, à leur lumière, ce que l'IA change vraiment, et qui doit en décider.

Ouverture

La sphère publique

Un public qui se forme en s'informant

À l'échelle d'un pays, le politique ne va pas de soi. Des millions de personnes qui ne se rencontreront jamais doivent se reconnaître des problèmes communs, s'en faire une opinion alors que la plupart ne les vivent pas directement, et accepter des décisions prises en leur nom, avec d'autres dont elles ne partagent ni les intérêts, ni les convictions, ni parfois la langue. Benedict Anderson a montré que la nation elle-même est une communauté imaginée : ses membres ne connaîtront jamais la plupart des autres, et chacun porte pourtant l'image de leur communion, que l'imprimé, journaux et romans, a largement contribué à forger [1]. La sphère publique désigne ce qui rend possible cet être ensemble à distance : les lieux et les médiations par lesquels une société se donne à voir à elle-même, nomme ses problèmes, confronte ses opinions et fait l'expérience de l'altérité. Ce qui s'y montre ou s'y tait façonne la représentation même de ce qui est commun.

Les opinions qui s'y forment ne parviennent aux gouvernants qu'indirectement, par des médiations multiples (presse, partis, associations, manifestations, sondages…), et le vote n'en traduit qu'une infime partie, puisque beaucoup s'abstiennent et que le droit de vote a longtemps été refusé à une grande partie de la population, aux femmes notamment : en Suisse, jusqu'en 1971 sur le plan fédéral, alors que le canton de Vaud le leur avait accordé dès 1959, le premier, et que, dans le canton d'Appenzell Rhodes-Intérieures, il a fallu un arrêt du Tribunal fédéral, en 1990, pour l'imposer [2, 3]. La relation entre gouvernés et gouvernants qui se joue dans la sphère publique est ainsi indirecte, inégale et toujours disputée. Dès lors que l'individu est tenu pour capable de penser par lui-même, ce qui l'informe devient décisif. Pour Kant, en 1784, les Lumières « sont ce qui fait sortir l'homme de la minorité qu'il doit s'imputer à lui-même ». Cette émancipation n'est pourtant pas solitaire : elle suppose que reste libre l'usage public de la raison, celui que chacun en fait « à titre de savant, devant le public entier des lecteurs », car cet usage « doit toujours être libre, et seul il peut répandre les lumières parmi les hommes » [4]. L'autonomie de chacun dépend ainsi de la liberté de ce qui circule entre tous. Le public moderne naît ainsi public de lecteurs, avant de s'étendre aux auditeurs de la radio, aux téléspectateurs, puis aux usagers d'Internet. Dès 1901, Gabriel Tarde le décrit comme « une foule dispersée, où l'influence des esprits les uns sur les autres est devenue une action à distance », et constate que les journaux ont fini par « modeler l'opinion, en imposant aux discours et aux conversations la plupart de leurs sujets quotidiens » [5].

Jürgen Habermas (1929-2026) en a fait une théorie. Il décrit la sphère publique bourgeoise du XVIIIe siècle, faite de salons, de cafés et de journaux, où l'autorité devait rendre raison devant des personnes privées réunies en public, puis son déclin, lorsque médias de masse et relations publiques permettent à des intérêts particuliers de se présenter comme l'intérêt général : une reféodalisation [6]. La traduction française de 1978 a rendu Öffentlichkeit par « espace public », expression ambiguë que l'usage a fini par répartir : au singulier, la sphère du débat, et au pluriel, les rues, les places et les parcs [7]. Sphère publique désigne ici le premier sens, mais dans une acception spatiale élargie, qui ne se réduit pas pour autant aux rues, aux places et aux parcs : Internet y est lui-même appréhendé comme un espace, fait de lieux (plateformes, forums, messageries, moteurs de recherche et agents conversationnels) qui appartiennent pleinement à la sphère publique et en organisent les relations. La problématique de Habermas, celle d'un public qui se forme dans des lieux et par des médiations, s'y prolonge à une autre échelle. Les lieux matériels n'en sortent pas : interdire un rassemblement et en identifier les participant·e·s par reconnaissance faciale, comme en Hongrie (S7 · première épreuve), atteint la sphère publique dans l'un de ses lieux les plus anciens, la rue. Nancy Fraser a rappelé, enfin, que cette sphère n'a jamais été une : femmes, ouvrier·ère·s et minorités ont formé des contre-publics, « parallel discursive arenas » où s'élaborent d'autres lectures de leurs intérêts [8].

À grande échelle, un monde médié

Au-delà d'une certaine échelle, la compréhension des affaires publiques est nécessairement médiée. « The world that we have to deal with politically is out of reach, out of sight, out of mind. It has to be explored, reported, and imagined », écrit Walter Lippmann en 1922. Entre chacun et le monde s'interpose un pseudo-environnement, et qui contrôle l'accès aux faits devient, dans une certaine mesure, censeur et propagandiste : la « manufacture of consent », note-t-il, est capable de grands raffinements [9]. John Dewey lui répond en 1927 que le public n'est pas donné : il réunit celles et ceux qu'affectent les conséquences indirectes d'actions auxquelles ils n'ont pas pris part, et doit se découvrir pour exister. Or il est, constate Dewey, « so bewildered that it cannot find itself » [10]. La notion même de sphère publique suppose ainsi que l'opinion n'est pas déjà là : elle se forme, se déplace et se hiérarchise dans la circulation des informations. C'est ce que Pierre Bourdieu reprochait aux sondages d'ignorer. En posant la même question à tout le monde, ils supposent « un consensus sur les problèmes », comme si le public s'accordait déjà sur ce qui mérite d'être débattu, et obligent chacun·e à se prononcer sur des questions qu'il ou elle ne s'était pas posées. L'opinion publique, telle que les sondages la donnent à voir, n'existe pas [11]. D'où le pouvoir considérable de qui maîtrise cette circulation et cette hiérarchie : éditeurs et rédactions hier, plateformes et modèles aujourd'hui.

Censurer, invisibiliser, hiérarchiser, individualiser et répondre

Ce pouvoir prend plusieurs formes qu'il importe de distinguer. Censurer, c'est interdire ou retirer : le contenu disparaît pour tous, et la décision se voit. Invisibiliser, c'est rendre introuvable sans interdire, en cessant de référencer ou de recommander : le contenu existe encore, mais la décision ne se voit plus. Hiérarchiser, c'est classer, recommander et mettre en avant : tout demeure accessible, mais rien n'est également visible. La censure et la une sont aussi anciennes que la presse. Ce qui change est l'individualisation de l'une et de l'autre, qui permet de cacher à certain·e·s ce que l'on montre à d'autres. Le lecteur d'un quotidien de droite pouvait acheter un quotidien de gauche et lire ce qui s'y trouvait : le public était divisé, mais ses divisions restaient observables. Une expérience médiatique calculée pour chaque personne est inaccessible aux autres, et des campagnes massives peuvent échapper à la plupart, journalistes compris. En mars 2018, The Observer et The New York Times révélaient que Cambridge Analytica, société de conseil politique qui avait travaillé pour la campagne de Donald Trump, avait exploité les données de dizaines de millions de comptes Facebook (87 millions selon l'entreprise), collectées par une application de test de personnalité, pour établir le profil psychologique d'électeur·rice·s et leur adresser des messages politiques ciblés [12, 13, 14]. Ce n'est qu'en mai 2018 que Facebook a ouvert à tous une archive des publicités politiques diffusées aux États-Unis, avec leur budget et le profil des personnes atteintes [15]. Meta l'a maintenue, et y conserve sept ans les publicités à caractère social, électoral ou politique [16]. Dans l'Union européenne, l'entreprise a cependant cessé de diffuser de telles publicités en octobre 2025, en invoquant le règlement européen sur la transparence et le ciblage de la publicité politique [17, 18]. Or une sphère publique suppose un monde commun, c'est-à-dire la possibilité de voir ce que voient les autres. Avec les agents conversationnels, l'individualisation prend une autre forme. Répondre, c'est rédiger pour chacun·e ce qui, jusque-là, était sélectionné à son intention : la source n'est ni retirée ni déclassée, mais elle se fond dans la réponse, où elle ne subsiste, au mieux, que sous la forme d'un lien rarement suivi.

Cinq pouvoirs sur un même contenu, de gauche à droite : censurer, invisibiliser, hiérarchiser, individualiser et, avec l'IA, répondre.Pour chacun de ces pouvoirs, ce que devient le contenu et ce qu'il reste possible de voir de la décision. Censurer : le contenu est retiré pour tous, et la décision peut se voir. Invisibiliser : il existe encore, mais introuvable, et la décision est difficile à voir. Hiérarchiser : il reste accessible, mais classé plus bas, et la décision est très difficile à voir. Individualiser : chaque personne reçoit son propre ordre, où le contenu vient deuxième pour l'une et dernier pour l'autre, et la décision est presque impossible à voir. Répondre : le contenu se fond avec d'autres sources dans une réponse unique, où sa source devient optionnelle, et la décision est presque impossible à voir. De gauche à droite, le pouvoir passe de rare, visible et contestable à permanent, discret et difficile à contester. AVEC L'IA Censurer Invisibiliser Hiérarchiser Individualiser Répondre × POUR A POUR B une réponse LE CONTENU retiré pour tous existe, introuvable accessible, plus bas un ordre par personne fondu, source optionnelle VOIR LA DÉCISION possible difficile très difficile presque impossible presque impossible rare, visible et contestable permanent, discret et difficile à contester
Le même contenu (en bleu) sous cinq pouvoirs : plus le pouvoir sur la visibilité est doux, plus il est permanent, et moins il se laisse voir ou contester.

S'y ajoute la simulation de mobilisation (astroturfing), par laquelle des intérêts étroits se donnent l'apparence d'une base large : là où chacun croit participer à un mouvement collectif, la discussion est alimentée par des comptes automatisés et de faux témoins (des faux-nez, en anglais sock puppets). En juillet 2024, la justice américaine a mis au jour une ferme de comptes, développée par la chaîne d'État russe RT, qui utilisait l'IA pour prêter à 968 comptes des identités fictives d'Américain·e·s [19]. La capacité de persuasion des modèles accroît ce risque. Des expériences menées lors de l'élection présidentielle américaine de 2024, puis des élections fédérales canadiennes et de l'élection présidentielle polonaise de 2025, montrent qu'une conversation avec un modèle plaidant pour l'un des candidats déplace davantage les préférences que ne le font d'ordinaire les publicités vidéo [20]. Les procédés qui rendent les modèles plus persuasifs les rendent aussi moins exacts [21] : lorsqu'il s'agit de persuader, l'exactitude n'est précisément pas l'objectif.

Une question disputée

Mesurer l'influence, sans la nier

La sociologie des médias s'est longtemps construite contre l'idée d'une influence directe. Observant la campagne présidentielle de 1940 dans un comté de l'Ohio, Paul Lazarsfeld, Bernard Berelson et Hazel Gaudet constatent qu'elle renforce les préférences plus qu'elle ne les convertit, et que les messages passent par des leaders d'opinion [22], d'où le modèle d'une communication à deux étages que Lazarsfeld formalise en 1955 avec Elihu Katz [23]. La mise à l'agenda déplace la question : la presse, écrit Bernard Cohen en 1963, « may not be successful much of the time in telling people what to think, but it is stunningly successful in telling its readers what to think about » [24], ce que Maxwell McCombs et Donald Shaw établissent empiriquement en 1972 [25]. Ce scepticisme se prolonge aujourd'hui dans certaines lectures de la désinformation.

« Ce n'est pas la désinformation qui est terminée, mais bien les modalités de sa contention. […] La réponse à la question tient peut-être bien plus à limiter l'amplification que produisent les plateformes qu'à contrôler la vérité ! »

Hubert Guillaud, « La désinformation est terminée ! », Dans les algorithmes, 23 janvier 2025 [26]

Yuval Noah Harari invite à considérer la question de plus haut. Dans Nexus, il récuse une vision naïve de l'information, selon laquelle davantage d'information produirait davantage de vérité : les réseaux d'information fabriquent de l'ordre autant que du savoir, l'imprimerie a diffusé le Malleus Maleficarum et la chasse aux sorcières avant de servir la science, et les démocraties tiennent à des mécanismes d'autocorrection que l'IA, agent nouveau de ces réseaux, peut affaiblir [27].

Qu'un effet soit difficile à mesurer ne signifie pas qu'il soit nul. Il est réel, inégal, complexe et peu prévisible, et il s'achète. Des causes plus profondes, comme le creusement des inégalités ou le sentiment de déclassement, pèsent sans doute davantage sur un vote que n'importe quelle campagne, mais le sens donné à ces situations, et les forces politiques vers lesquelles elles se tournent, se forment dans la circulation des discours. La publicité a rapporté à Meta 196 des 201 milliards de dollars de son chiffre d'affaires de 2025, et à Alphabet près de 295 milliards sur 403 [28, 29]. Les élections fédérales américaines de 2024 ont coûté près de 15,9 milliards de dollars [30]. Si les discours ne changeaient rien à des opinions déjà formées, ces dépenses seraient inexplicables, et le mot même d'influenceur désignerait une fiction. La mesure reste fragile, comme le rappelle le rectificatif apporté en 2026 à une étude sur la persuasion par les modèles [31], mais affirmer qu'un discours est sans effet engage autant que l'inverse.

La votation vaudoise du 27 septembre 2026 en offre une illustration, non une preuve. Lancée par trois organisations patronales et immobilières, l'initiative « Baisse d'impôts pour tous », qui prévoit une baisse de 12 % de l'impôt cantonal sur le revenu et la fortune, a été acceptée par 53,1 % des votant·e·s, contre l'avis du Conseil d'État et du Grand Conseil [32, 33], au terme d'une campagne dont le budget annoncé, 779 185 francs, six fois celui des opposant·e·s, était sans précédent dans le canton selon 24 heures [34]. Ses effets sont disputés : selon le comité opposé, 85 % de la baisse de l'impôt sur la fortune irait aux 10 % les plus fortunés [35]. Selon son intitulé, elle doit « redonner du pouvoir d'achat à la classe moyenne » [32]. L'élection américaine de 2016, de même, ne se réduit pas aux ingérences russes [36] : Cambridge Analytica, qui a exploité les données de jusqu'à 87 millions de profils Facebook pour les campagnes de Ted Cruz et de Donald Trump [37], et Deep Root Analytics, prestataire du Parti républicain dont une base de 198 millions d'électeur·rice·s est restée exposée en ligne en 2017 [38], sont des entreprises occidentales, l'une britannique, l'autre américaine.

Problématique générale

Une politique des conditions du politique

« il faudrait que l'effet pût devenir la cause ; que l'esprit social, qui doit être l'ouvrage de l'institution, présidât à l'institution même »

Jean-Jacques Rousseau, Du contrat social, II, 7, 1762 [39]

La sphère publique n'a pas attendu l'IA. Elle a toujours dépendu de conditions que personne ne choisit seul : l'échelle à laquelle elle se forme, ce qui finance l'information, qui peut y parler, qui juge de ce qui y circule, par où l'on y accède et ce qui la protège. Ces conditions ont leurs qualités et leurs faiblesses. La presse a formé un public de lecteur·rice·s, et en a tenu beaucoup à l'écart. Les plateformes ont ouvert la parole, puis l'ont concentrée. L'IA les déplace à nouveau, parce qu'elle produit, trie, répond et, désormais, agit.

Rousseau a formulé la difficulté à propos de l'institution d'un peuple : l'esprit qu'une loi doit former devrait déjà présider à son écriture. Fixer les conditions du débat public suppose de même le public que ces conditions doivent former. C'est une politique des conditions du politique, qu'aucune expertise ne saurait régler à la place de celles et ceux qu'elle engage. Chaque séance examine l'une de ces conditions à partir d'une problématique en tension. Les manières d'y répondre sont multiples, et aucune n'est neutre. Chacune répond à un problème, mais en fait émerger d'autres, qui ne sont pas de même nature, si bien que choisir ne revient pas à résoudre une difficulté, mais à dessiner un monde plutôt que d'autres. C'est en cela que la question est politique au sens fort, et non un problème qui attendrait sa solution.

La question du semestre

Qui doit fixer les conditions dans lesquelles un public se forme, et quelles sont les conséquences de chaque manière de les fixer, quand des machines produisent, trient, répondent et agissent ?

Exemple tiré de S7, la parole

Deux orientations, chacune entre le problème auquel elle répond et ceux qu'elle fait émerger. Exemple de S7 : protéger l'anonymat répond à l'exposition des personnes, et fait émerger des voix sans auteur et un harcèlement sans répondant. Situer la parole répond aux faux-nez et aux voix synthétiques, et fait émerger un registre des locuteurs et l'autocensure des plus exposés. Chacune peut s'assortir de conditions. RÉPOND À ORIENTATION FAIT ÉMERGER des personnes exposées Protéger l'anonymat des voix sans auteur un harcèlement sans répondant des faux-nez, des voix synthétiques Situer la parole un registre des locuteurs l'autocensure des plus exposés Chacune peut s'assortir de conditions
Les deux orientations ne se distinguent pas par leur valeur morale, mais par les problèmes qu'elles font émerger, et par le monde qu'elles dessinent.

Quatre principes

Les séances de S5 à S10 reposent sur quatre principes, qui leur donnent une forme commune. Le déroulé d'une séance est détaillé plus bas.

1

Une problématique par séance

Chaque problématique est en tension entre plusieurs orientations. Deux d'entre elles servent de points d'appui, et chacune peut s'assortir d'une condition qui la précise. Aucune n'est évidente, aucune n'est sans conséquences.

2

Deux cas d'étude contrastés

Deux situations récentes, présentées chacune en une page, posent des problèmes différents. Elles éclairent la tension sans la résoudre, et gardent toute leur complexité.

3

Une orientation assumée

Chaque groupe arrête une seule orientation pour les deux cas, éventuellement assortie d'une condition, en disant à quel problème elle répond et quels problèmes il accepte de voir émerger. Une fiche de quatre lignes garde la trace de ses positionnements successifs.

4

Deux épreuves transversales

L'orientation retenue tiendrait-elle entre les mains d'un pouvoir arbitraire, public ou privé ? Ce que fait l'IA prolonge-t-il ce qui prévalait, l'amplifie-t-il ou constitue-t-il une rupture plus fondamentale ?

Le séminaire traite de l'IA, mais non pour elle-même. Ce qui importe est sa relation à la sphère publique, ce que les machines font à ce qui peut être dit, vu, cru et contesté en public, et qui en décide. Il s'en tient pour cela à des positions de principe, éclairées par des cas, et relève d'une philosophie politique pratiquée depuis les sciences sociales, plutôt que de la science politique ou du droit. Traduire un choix en règle juridique en serait un prolongement, qui dépasserait très largement les ambitions de cet enseignement.

Les six séances

Six conditions de la sphère publique

Les quatre premières séances installent les questions fondatrices à partir de leurs objets propres : la neutralité du net, la Déclaration d'indépendance du cyberespace, Wikipédia et Code is law ? De S5 à S10, chaque séance suit la séance du cours qui la précède le même lundi et ajoute une condition de la sphère publique : l'échelle à laquelle elle se forme, la source qui la nourrit, la parole, le jugement, l'accès et la défense. Chaque séance s'ouvre sur la phrase retenue à la séance précédente. Les choix s'accumulent, et peuvent commencer à se contredire. La dernière séance les rassemble.

Le semestre en escalier : après les fondations de S1 à S4, six marches montent de S5 à S10, l'échelle, la source, la parole, le jugement, l'accès et la défense, chacune posée comme une problématique en tension entre deux orientations. Les choix s'accumulent jusqu'à Sc, au sommet, qui demande quelle sphère publique en résulte. Le tableau qui suit détaille chaque séance. S1 – S4 · FONDATIONS neutralité, indépendance, autorité et régulation S5 · 26.10 L'échelle règle mondiale règle locale C5 S6 · 09.11 La source circuler préserver C6 S7 · 16.11 La parole anonymat situer la parole C7 S8 · 23.11 Le jugement automatiser incarner C8 S9 · 30.11 L'accès centraliser décentraliser C9 S10 · 07.12 La défense contredire exclure C10 SC · 14.12 Quelle sphère publique ? contradictions ce que l'IA amplifie ou transforme Les choix s'accumulent C1 – C4 CC
Chaque marche est une condition de la sphère publique, posée comme une problématique en tension. La rangée du bas indique la séance du cours que chaque séance prolonge.
Séance Depuis le cours Problématique et cas
S5 · 26.10
L'échelle
De l'abolition de l'espace… à l'émergence des territoires Entre la règle mondiale… et la règle locale
S6 · 09.11
La source
De la gratuité… à la propriété Entre laisser circuler… et préserver les sources
S7 · 16.11
La parole
De la liberté d'expression… au ciblage de l'individu Entre protéger l'anonymat… et situer la parole
S8 · 23.11
Le jugement
De l'intelligence collective… à l'intelligence artificielle Entre automatiser le jugement… et l'incarner
S9 · 30.11
L'accès
De la décentralisation… à l'hypercentralité Entre centraliser l'accès… et le décentraliser
S10 · 07.12
La défense
De la résilience… à la vulnérabilité Entre contredire… et exclure
Sc · 14.12
La conclusion
Conclusion du cours Quelle sphère publique ?

Sans cas nouveau, la dernière séance rassemble les choix du semestre, en éprouve la cohérence et cherche ce que l'IA change vraiment, de la promesse de Barlow au constat de boyd.

Sur les douze cas, trois sont tirés de contextes autoritaires, la Chine en S5 et en S9, et le Venezuela en S7. Ces contextes et d'autres reviennent dans les conditions, le temps long et les épreuves (notamment la Hongrie, la Russie, la Chine, l'Inde et le Myanmar) et dans les six à huit dossiers que chaque séance propose pour aller plus loin (l'Inde, Taïwan, la Turquie, l'Iran et la Corée du Sud).

Qui écrit les règles ?

Code is law, Code by law

En 1999, Lawrence Lessig montre que le droit n'est qu'une des forces qui règlent les conduites, à côté des normes sociales, du marché et de l'architecture. Dans le cyberespace, cette architecture est faite de logiciels et de matériels qui autorisent certaines pratiques et en empêchent d'autres, si bien que le code y fait office de loi [40]. Il peut ainsi protéger la vie privée ou organiser la surveillance, ouvrir l'accès à l'information ou le restreindre. « Our choice is not between “regulation” and “no regulation.” The code regulates », écrit-il en 2000, et la seule question est de savoir si les valeurs qu'il met en œuvre seront choisies collectivement, ou laissées à celles et ceux qui l'écrivent [41]. Avec l'IA, cette question gagne les modèles eux-mêmes, qui produisent, trient, résument et font circuler une part croissante de la parole publique. Les entreprises y inscrivent leurs propres règles, tandis que les pouvoirs publics entendent leur en imposer d'autres.

Les entreprises règlent par le code

Code is law

L'entreprise fixe la règle et l'applique par le code, dans ses conditions d'utilisation, l'entraînement et les réglages de ses modèles, ses classements et ses chartes, sans autre sanction que celle du marché et de sa réputation.

Le politique s'empare du code

Code by law

Par la loi, les régulateurs, les injonctions, les exigences de conception et la commande publique, l'autorité publique prescrit ce que le code doit faire, et en contrôle le respect.

Ni l'une ni l'autre de ces logiques ne protège absolument la sphère publique. Une entreprise peut répondre à la loi en se retirant. Invoquant par exemple les exigences du nouveau règlement européen sur la publicité politique, Meta a cessé en octobre 2025 de diffuser dans l'Union toute publicité politique, électorale ou portant sur des questions de société, et n'a annoncé aucune reprise depuis [42]. Le pouvoir qui entend protéger la sphère publique peut aussi la restreindre, y compris dans les démocraties. En 2024, la Californie a interdit la diffusion d'hypertrucages électoraux trompeurs et obligé les très grandes plateformes à les bloquer ou à les signaler. Un juge fédéral a invalidé ces deux lois en 2025, au nom du Premier amendement et de la section 230, après avoir reproché à la première, dès 2024, d'agir comme un marteau plutôt que comme un scalpel, au détriment de la satire et du débat démocratique (S5-1). Qu'elle soit inscrite dans le code ou imposée par la loi, une règle peut ainsi servir un jour un autre pouvoir que celui qui l'a voulue.

Certains acteurs de l'industrie ne se contentent pas d'écrire la règle à la place des États. En 2009, Peter Thiel, cofondateur de PayPal et de Palantir, écrit qu'il ne croit plus que « freedom and democracy are compatible » [43]. Son fonds de capital-risque, Founders Fund, a financé dès 2013 l'entreprise de Curtis Yarvin, qui propose de longue date de remplacer la démocratie par une gouvernance inspirée du secteur privé, confiée à un dirigeant qui administrerait l'État comme une entreprise. Les idées de Yarvin ont trouvé un écho jusqu'au vice-président J. D. Vance [44, 45]. La liberté individuelle y devient un argument contre la démocratie elle-même. Palantir fournit par ailleurs aux États une part croissante de leurs moyens de surveillance. En avril 2025, l'agence américaine chargée de l'immigration lui commande une plateforme destinée à accélérer les expulsions [46]. En Allemagne, la Cour constitutionnelle fédérale avait jugé en février 2023 que la loi autorisant la police de Hesse à analyser automatiquement ses données, au moyen d'un logiciel de Palantir, méconnaissait le droit à l'autodétermination informationnelle [47, 48]. La fragilité de la sphère publique est ainsi indissociable de celle de la démocratie, que des acteurs nombreux, aux intérêts très divers, peuvent œuvrer à infléchir à leur avantage et au détriment du plus grand nombre.

La règle peut en outre s'écrire à plusieurs échelles. Les entreprises fixent une règle unique, qui vaut d'emblée pour le monde entier. Une instance internationale, intergouvernementale ou non, cherche une règle commune, négociée au-delà des États. Chaque État, enfin, revendique la sienne, au risque d'un monde fragmenté. Les cas étudiés se situent quelque part entre ces trois pôles, et la séance consacrée à l'échelle (S5) introduit cette problématique dès le début du semestre.

Trois manières d'écrire les règles occupent les sommets d'un triangle, les entreprises, une instance internationale et chaque État, et chaque côté nomme ce qui en oppose deux.Les entreprises règlent par leurs conditions, leur code et leurs chartes, jusqu'aux « constitutions » des modèles. Une instance internationale peut être intergouvernementale, comme le Conseil de l'Europe avec son traité de 2024, ou non, comme l'IETF et l'ICANN. Chaque État règle par ses lois, ses régulateurs et ses juges, comme l'UE, la Californie, la Chine, l'Inde ou la Suisse. Entre les entreprises et l'instance internationale, la règle est unique, privée ou négociée ; entre l'instance internationale et l'État, universelle ou située ; entre les entreprises et l'État, c'est Code is law ou Code by law. Au centre, une conclusion : aucune de ces trois manières ne protège absolument la sphère publique. Une instance internationale INTERGOUVERNEMENTALE OU NON Les entreprises CONDITIONS, CODE ET CHARTES Chaque État LOIS, RÉGULATEURS ET JUGES une règle unique, privée ou négociée universelle ou située Code is law · Code by law Conseil de l'Europe (traité, 2024) IETF et ICANN chartes et « constitutions » des modèles UE, Californie, Chine, Inde, Suisse… Aucune ne protège absolument la sphère publique
Les règles peuvent s'écrire de trois manières, et aucune ne protège absolument la sphère publique.

Les entreprises

Permet Une règle unique, mondiale et rapide, au plus près du code.

Conséquences Un pouvoir privé non élu, qui change avec ses dirigeant·e·s, et des conditions d'utilisation le plus souvent opaques, qu'il est difficile d'accepter en connaissance de cause, comme de refuser en renonçant au service.

Une instance internationale

Permet Une règle commune, négociée au-delà des États.

Conséquences Lenteur, plus petit dénominateur commun, légitimité incertaine (qui représente qui ?) et des États autoritaires associés à l'écriture de la règle.

Chaque État

Permet Une légitimité démocratique là où elle existe, et un pluralisme d'expériences que l'on peut comparer.

Conséquences Un monde fragmenté, la censure des États autoritaires et les États les plus puissants qui imposent leurs règles au-delà de leurs frontières.

Une instance internationale peut être intergouvernementale, comme le Conseil de l'Europe, qui négocie des traités, ou l'Agence internationale de l'énergie atomique, fondée en 1957 sous l'égide de l'ONU pour promouvoir les usages pacifiques du nucléaire et en limiter les applications militaires. Depuis 2023, OpenAI, puis le secrétaire général de l'ONU, António Guterres, en font un modèle possible pour l'IA [49, 50, 51]. Elle peut aussi être non gouvernementale, comme l'IETF pour les normes techniques d'Internet. L'Union européenne, dont les règlements s'appliquent directement dans ses États membres, se range plutôt du côté des États.

Les communautés d'usager·ère·s écrivent aussi leurs propres règles, comme celle de Wikipédia, étudiée en S3, ou celles qui rédigent les notes de la communauté, que S8 retrouve.

À chaque séance

Deux épreuves

Une orientation ne se juge pas aux intentions de celles et ceux qui la défendent. Deux épreuves, reprises à chaque séance, permettent d'en éprouver la pertinence. La première demande si elle tiendrait entre les mains d'un pouvoir arbitraire, public ou privé, la seconde si l'IA pose réellement à la sphère publique des problèmes inédits.

Première épreuve

Ce choix resterait-il acceptable entre les mains d'un pouvoir arbitraire, public ou privé ?

On parle d'ordinaire d'autoritarisme à propos des États, plus rarement à propos des entreprises. L'épreuve vaut pourtant pour les uns comme pour les autres, car tout pouvoir sur la sphère publique peut s'affranchir de ce qui le limite. Il ne s'agit pas d'imaginer le choix mis en œuvre par celui ou celle qui le propose, mais par un pouvoir qui aurait changé de mains ou de visage, et le retournerait contre le public sur lequel il s'exerce, gouvernement libéré de ses juges et de ses opposants, ou entreprise qui ne rend plus de comptes qu'à ses dirigeant·e·s. L'épreuve prolonge ainsi l'exigence de séparation des pouvoirs, que Montesquieu fondait sur le principe que, « pour qu'on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir » [52], et la protection contre l'arbitraire, dont Benjamin Constant faisait en 1819 le cœur de la liberté des Modernes, celle de ne pouvoir être « ni arrêté, ni détenu, ni mis à mort, ni maltraité d'aucune manière, par l'effet de la volonté arbitraire d'un ou de plusieurs individus » [53]. Elle reprend aussi la méfiance que Barlow opposait en 1996 aux gouvernements [54], mais l'étend aux entreprises.

Depuis la réélection de Donald Trump, l'actualité américaine en donne deux illustrations. Les engagements d'une entreprise ne durent qu'autant que ses dirigeant·e·s les maintiennent. Meta annonce ainsi dès janvier 2025 la fin de la vérification professionnelle des faits aux États-Unis, effective en avril (S8 · condition). Un gouvernement peut aussi, par ses achats, peser sur ce que disent les modèles. Par le décret du 23 juillet 2025, l'administration fédérale impose aux modèles qu'elle achète d'être « truth-seeking » et idéologiquement neutres, selon des critères qu'elle fixe et applique elle-même (S8 · première épreuve). L'épreuve vaut aussi pour les conditions dont un groupe assortit son orientation, car un tiers de confiance ne l'est que tant qu'il reste soumis à des contrepoids. Dans chaque séance, cette épreuve s'appuie sur un précédent, où un pouvoir a déjà retourné une règle, un financement ou une technique contre le public.

Seconde épreuve

Ce que fait l'IA prolonge-t-il ce qui prévalait, l'amplifie-t-il ou constitue-t-il une rupture plus fondamentale ?

L'IA n'a inventé ni la propagande, ni la désinformation, ni la censure, ni la concentration des intermédiaires. Tarde voyait déjà le journal fixer les sujets de conversation, Lippmann décrivait la fabrique du consentement, et les fermes de faux comptes ont précédé les modèles de langage. Chaque problème qu'une orientation fait émerger appelle donc la même question. Existait-il déjà, et sous quelle forme ?

Prolongement

L'IA fait autrement ce qui se faisait déjà. Le problème est ancien, et elle n'en change ni la nature ni la mesure.

Amplification

L'IA fait la même chose à une échelle, à un coût ou à une vitesse qui en modifient les effets. Le problème garde sa nature, mais change de mesure.

Rupture

L'IA fait apparaître un rapport qui n'existait pas, entre les personnes, les sources et les intermédiaires. Le problème change de nature, et les réponses éprouvées ne suffisent plus.

La frontière entre amplification et rupture n'est pas toujours nette. Certains rapports paraissent sans précédent, qu'il s'agisse d'un agent qui converse avec chaque personne et cherche à la convaincre, d'une réponse unique qui se substitue à une liste de sources, ou d'un intermédiaire qui agit au nom de chacun·e. Le premier n'était pourtant pas inconcevable. Convaincre chacun·e en particulier, avec précision et constance, a toujours été possible, mais à un coût qui en réservait la pratique à quelques-un·e·s, et nul ne pouvait prendre part à toutes les conversations où se joue un agenda politique ou commercial. Que des machines le puissent relève d'abord d'un changement d'échelle. Celui-ci atteint pourtant la sphère publique là où elle semblait le mieux protégée. Tarde voyait dans la conversation le lieu où l'opinion se forme [5], et Lazarsfeld et Katz ont montré que l'influence des médias passe par des leaders d'opinion, au sein de relations interpersonnelles [23]. Lorsque la discussion entre pairs peut elle-même être investie par des machines, l'amplification confine à la rupture. La réponse n'est donc jamais donnée d'avance, et elle varie d'une séance à l'autre. C'est pourquoi chaque séance replace la question dans le temps long de la sphère publique, en rassemblant quelques précédents antérieurs à l'IA, puis soumet à la discussion une hypothèse de rupture.

Une séance de 1 h 30, après le cours

Une problématique, deux cas et deux épreuves

Entre deux séances, dans chaque groupe, une personne prépare chacun des deux cas, pour aider le groupe à s'en saisir, et les autres les découvrent en séance. Dans un groupe de quatre, la taille recommandée, deux personnes préparent les cas d'une séance, et les deux autres ceux de la suivante. Les groupes de trois ou de cinq s'organisent pour se répartir les cas de la même manière. Cette préparation est recommandée, pour que chaque groupe profite pleinement des séances tout au long du semestre. Préparer un cas, c'est en prendre connaissance, en lire les sources et y réfléchir avant la séance. Les cas tiennent chacun en une page, si bien que la séance reste possible sans préparation, et les dossiers à approfondir restent disponibles pour qui veut aller plus loin. Quatre positionnements, d'abord individuels puis collectifs, ponctuent ces quatre-vingt-dix minutes, et un cinquième intervient en fin de semestre, si bien que la manière dont une opinion se forme, se déplace ou résiste devient elle-même un objet d'observation.

Déroulé de 90 minutes. Ensemble, 10 minutes de problématique ; en groupe, 10 minutes de lecture et 20 minutes d'orientation ; de nouveau ensemble, 40 minutes de temps long et d'épreuves, puis 10 minutes de registre. Les quatre positionnements se situent avant la lecture (a, à 10 minutes), après la lecture (b, à 20 minutes), au terme de l'orientation du groupe (c, à 40 minutes) et pendant le registre (d). ENSEMBLE EN GROUPE ENSEMBLE Problématique Lecture Orientation Temps long et épreuves Registre 0' 10' 20' 40' 80' 90' a b c d
Le travail en groupe dure trente minutes, la discussion commune cinquante. Les lettres situent les quatre positionnements de la séance, le dernier pouvant intervenir entre les séances.
  1. 0' – 10'La problématique. La séance part de la problématique du cours, qu'elle met en tension entre deux orientations, avec les problèmes auxquels elles répondent et ceux qu'elles font émerger. Avant toute lecture, chacun·e note l'orientation vers laquelle il ou elle penche (a), et celles et ceux qui ont préparé un cas la notent avant leur préparation.
  2. 10' – 20'La lecture. Dans chaque groupe, une moitié se concentre sur le premier cas, l'autre moitié sur le second. Chacun·e note ensuite son orientation (b).
  3. 20' – 40'L'orientation du groupe. Les deux lectures se confrontent, et le groupe arrête une seule orientation, valable pour les deux cas, éventuellement assortie d'une condition (c).
  4. 40' – 80'Le temps long et les deux épreuves. Chaque groupe énonce son orientation, et sa condition s'il en a retenu une, en une minute. La discussion s'appuie ensuite sur les précédents du temps long de la sphère publique et sur les deux épreuves. La première expose les orientations, et leurs conditions, à un pouvoir arbitraire, la seconde demande si ce que fait l'IA prolonge ce qui prévalait, l'amplifie ou constitue une rupture plus fondamentale.
  5. 80' – 90'Le registre. Si possible en fin de séance, ou entre les séances, chaque groupe se positionne une dernière fois, libre de changer en disant pourquoi (d). La phrase de la séance, « Privilégier…, à condition de…, c'est répondre à…, et accepter de voir émerger… », est arrêtée en commun, au plus tard au début de la séance suivante.

Fiche du groupe S7 · exemple

  1. Avant la lecture, combien penchent pour… Protéger l'anonymatSituer la parole
  2. Après la lecture d'un cas, combien penchent pour… Protéger l'anonymatSituer la parole
  3. Nous privilégions Protéger l'anonymatSituer la parole à condition de pour répondre à en acceptant de voir émerger
  4. Après la discussion commune, notre orientation tientchangese précise parce que

Les règles du « jeu »

  • Le groupe arrête une seule orientation pour les deux cas. Il ne répond pas cas par cas. S'il veut tenir compte de ce qui distingue les deux situations, il le fait par une condition, qui vaut elle aussi pour les deux cas.
  • Une condition précise l'orientation sans la remplacer. Elle a, elle aussi, ses conséquences.
  • Le groupe assume les conséquences de son choix. Il écrit « nous acceptons tel problème », et non « il y a un risque que ».
  • Changer d'avis n'est pas une faiblesse. Il suffit d'expliciter ce qui a fait bouger l'orientation, car le chemin parcouru importe autant que le point d'arrivée.

Le registre du séminaire garde, pour chaque séance, la phrase retenue, les quatre positionnements, les orientations et les conditions qui résistent à un pouvoir arbitraire, ainsi que le verdict sur l'IA (prolongement, amplification ou rupture). C'est la matière de Sc, où chaque groupe se positionne une cinquième fois.

Rendu final · collectif, remis après Sc

Six choix et leur cohérence

Le rendu compte 30 000 signes (± 10 %), ponctuation et espaces compris. Il reprend ce que les séances ont produit, et ne demande aucune recherche nouvelle.

1

Six choix

Le choix de chaque séance tient en une ligne, « Nous privilégions…, à condition de…, pour répondre à…, en acceptant de voir émerger… ». Les choix peuvent être révisés jusqu'au rendu final.

2

Contradictions et cohérence

Le groupe repère les contradictions entre ses choix, puis cherche la cohérence de l'ensemble. Il peut se concentrer sur une contradiction particulièrement délicate. Une contradiction assumée et justifiée vaut mieux qu'une cohérence de façade.

3

Ce que l'IA change vraiment

Parmi les problèmes rencontrés au fil des séances, lesquels l'IA ne fait-elle que prolonger, lesquels amplifie-t-elle, et lesquels constituent une rupture plus fondamentale ? La réponse n'est pas donnée d'avance. Elle se précise avec l'expérience du séminaire, et il revient à chaque groupe de la définir, en s'appuyant sur les cas et sur les précédents du temps long de la sphère publique.

4

Quelle sphère publique ?

Le groupe formule enfin sa propre proposition pour la sphère publique. Il dit quels problèmes il tient pour les plus graves, ce qu'il propose pour y répondre et ceux qu'il accepte, en retour, de voir émerger. Il décrit le monde que dessinent ensemble ses choix, y compris entre les mains d'un pouvoir arbitraire.

Critères

  • Un choix argumenté à chaque séance.
  • Des conséquences nommées, sans les minimiser.
  • La complexité des cas restituée, sources à l'appui.
  • Les deux épreuves prises au sérieux, y compris contre ses propres choix.
  • Un ancrage dans le cours et dans les lectures.

Le rendu est remis au plus tard le vendredi 22 janvier 2027 à 17 h, avec les deux documents individuels (évaluations).

Références

Ouvrages et sources cités

  1. Benedict Anderson, Imagined Communities: Reflections on the Origin and Spread of Nationalism, Londres, Verso, 1983 ; trad. fr. Pierre-Emmanuel Dauzat, L'Imaginaire national. Réflexions sur l'origine et l'essor du nationalisme, Paris, La Découverte, 1996, rééd. « La Découverte Poche », 2006
  2. Wikipédia, « Suffrage féminin en Suisse » (FR) · encyclopédie · article
  3. Parlement suisse, « Pourquoi les femmes n'ont-elles eu le droit de vote et d'éligibilité qu'à partir de 1971 ? », rétrospective des élections au Conseil national · page officielle
  4. Emmanuel Kant, « Réponse à cette question : Qu'est-ce que les lumières ? » (Berlinische Monatsschrift, décembre 1784), trad. Jules Barni, dans Éléments métaphysiques de la doctrine du droit, Paris, Auguste Durand, 1853, p. 281-288 ; autre trad. : Jean-François Poirier et Françoise Proust, Paris, GF-Flammarion · texte intégral de la traduction de Barni (Wikisource)
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  6. Jürgen Habermas, Strukturwandel der Öffentlichkeit, Neuwied, Luchterhand, 1962 ; trad. fr. Marc B. de Launay, L'Espace public. Archéologie de la publicité comme dimension constitutive de la société bourgeoise, Paris, Payot, 1978, rééd. avec une préface inédite de l'auteur, 1993 ; trad. angl. The Structural Transformation of the Public Sphere, Cambridge (Mass.), MIT Press, 1989
  7. Thierry Paquot, L'Espace public, Paris, La Découverte, coll. « Repères », 2009 (rééd. 2024) · compte rendu de Sophie Body-Gendrot, La Vie des idées, 1er avril 2010
  8. Nancy Fraser, « Rethinking the Public Sphere: A Contribution to the Critique of Actually Existing Democracy », Social Text, n° 25/26, 1990, p. 56-80 ; trad. fr. Muriel Valenta, « Repenser la sphère publique : une contribution à la critique de la démocratie telle qu'elle existe réellement », Hermès, n° 31, 2001 · article original ; traduction
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  10. John Dewey, The Public and Its Problems, New York, Henry Holt, 1927 ; trad. fr. Joëlle Zask, Le Public et ses problèmes, Pau, Publications de l'Université de Pau, 2003, rééd. Paris, Gallimard, coll. « Folio essais », 2010 · texte original (Internet Archive)
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  12. Wikipédia, « Facebook–Cambridge Analytica data scandal » (EN) · encyclopédie · article
  13. Carole Cadwalladr et Emma Graham-Harrison, « Revealed: 50 million Facebook profiles harvested for Cambridge Analytica in major data breach », The Observer, 17 mars 2018 · article (EN)
  14. Matthew Rosenberg, Nicholas Confessore et Carole Cadwalladr, « How Trump Consultants Exploited the Facebook Data of Millions », The New York Times, 17 mars 2018 · article (EN)
  15. Rob Leathern (Facebook), « Shining a Light on Ads With Political Content », 24 mai 2018 · communiqué (EN)
  16. Meta, « How Meta Is Preparing for the 2026 US Midterm Elections », 19 février 2026, mis à jour le 1er juin 2026 · communiqué (EN)
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  18. Règlement (UE) 2024/900 du Parlement européen et du Conseil du 13 mars 2024 relatif à la transparence et au ciblage de la publicité à caractère politique, applicable pour l'essentiel depuis le 10 octobre 2025 · Commission européenne
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  28. Meta Platforms, rapport annuel (formulaire 10-K) pour l'exercice 2025, déposé le 29 janvier 2026 · SEC
  29. Alphabet, rapport annuel (formulaire 10-K) pour l'exercice 2025, déposé le 5 février 2026 · SEC
  30. OpenSecrets, « Cost of Election », estimation pour le cycle électoral fédéral de 2024 · base de données ; chiffre repris par Wikipédia, « Campaign finance in the United States » (EN)
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  33. Feuille des avis officiels du canton de Vaud, « L'initiative populaire “Baisse d'impôts pour tous” sera soumise au peuple le 27 septembre » · avis officiel
  34. Renaud Bournoud, « Vaud: un budget record de 779’185 francs pour l’initiative des 12% », 24 heures, 7 septembre 2026 (abonnés) · article
  35. Harold Unterlerchner (avec l'ATS), « Vaud vote la baisse d'impôt de 12%, le résultat du 27 septembre », watson.ch, 27 septembre 2026 · article
  36. Wikipédia, « Russian interference in the 2016 United States elections » (EN) · article
  37. Wikipédia, « Facebook–Cambridge Analytica data scandal » (EN) · article
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  42. Meta, « Ending Political, Electoral and Social Issue Advertising in the EU in Response to Incoming European Regulation », 25 juillet 2025, mis à jour le 6 octobre 2025 · communiqué (EN)
  43. Peter Thiel, « The Education of a Libertarian », Cato Unbound, 13 avril 2009 · essai (EN)
  44. Wikipédia, « Curtis Yarvin » (FR) · encyclopédie · article
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  46. Wikipédia, « Palantir Technologies » (EN), dont le contrat ImmigrationOS signé avec l'ICE en avril 2025 · encyclopédie · article
  47. Cour constitutionnelle fédérale d'Allemagne, communiqué n° 18/2023 sur l'analyse automatisée de données par les polices de Hesse et de Hambourg (1 BvR 1547/19, 1 BvR 2634/20), 16 février 2023 · communiqué (EN)
  48. Gesellschaft für Freiheitsrechte, association allemande de défense des libertés, « Automated Data Analysis », sur la plateforme Hessendata, fondée sur le logiciel Gotham de Palantir, et l'arrêt de février 2023 · page (EN)
  49. Wikipédia, « Agence internationale de l'énergie atomique » (FR) · encyclopédie · article
  50. Sam Altman, Greg Brockman et Ilya Sutskever (OpenAI), « Governance of superintelligence » (« something like an IAEA for superintelligence efforts »), 22 mai 2023 · billet (EN)
  51. Al Jazeera, António Guterres favorable à une agence de l'IA « inspired by what the international agency of atomic energy is today », 13 juin 2023 · article (EN)
  52. Montesquieu, De l'esprit des lois, 1748, livre XI, chap. 4, éd. Nourse · texte intégral (Wikisource)
  53. Benjamin Constant, « De la liberté des Anciens comparée à celle des Modernes », discours prononcé à l'Athénée royal de Paris, 1819 · texte intégral (Institut Coppet)
  54. John Perry Barlow, « A Declaration of the Independence of Cyberspace », Davos, 8 février 1996 ; trad. fr. « Déclaration d'indépendance du cyberespace », dans Olivier Blondeau et Florent Latrive (dir.), Libres enfants du savoir numérique, Perreux, Éditions de l'Éclat, 2000 · texte original (EFF)

Séminaire « Sphère publique et IA » · cours Enjeux sociaux et politiques d'Internet · Université de Lausanne · automne 2026.

Version provisoire du 11 octobre 2026. Chaque séance part d'une problématique en tension et de deux cas, puis soumet à deux épreuves l'orientation que chaque groupe arrête, éventuellement assortie d'une condition. Quatre positionnements ponctuent chaque séance, et un cinquième intervient en fin de semestre. Les cas et les dossiers à approfondir sont datés, leurs sources sont citées et les articles réservés aux abonné·e·s y sont signalés.

Boris Beaude, assisté par Claude (Anthropic), sur les épaules de l'humanité.

Slides

Slides : Introduction (PDF)

Introduction

Slides : Internet ? (PDF)

Internet ?

Slides : Neutralité du net (PDF)

Neutralité du net

Slides : Code is law ? (PDF)

Code is law ?

Slides : Utopies (PDF)

Utopies

Bandeau du blog noFlux : « Les flux ne sont qu'une quête perpétuelle vers l'harmonie », sur la vue aérienne d'un quartier résidentiel

Actualité

Ce blog présente une sélection de l’actualité. Il s’agit essentiellement d’extraits non commentés d’articles de presse, qui font l’objet d’un traitement développé lors des séances.
Les sujets traités dépassent parfois le programme de cet enseignement et s’inscrivent plus généralement dans le programme du master en humanités numériques de l’UNIL.

No-Flux

Bibliographie

Bail, Chris, 2021. Breaking the Social Media Prism. Princeton University Press.
Badouard, Romain. 2020. Les nouvelles lois du web. Le Seuil.
Beaude, Boris. 2012. Changer l’espace, changer la société. Editions Fyp.
Beaude, Boris. 2014. Les fins d’Internet. Editions Fyp (The Ends of the Internet, Network Notebook, 2016, english version, CC BY-NC-SA).
Beuscart, Jean-Samuel, Eric Dagiral et Sylvain Parasie (dir.). 2016. Sociologie d’internet. Armand Colin.
Boullier, Dominique. 2016. Sociologie du numérique. Armand Colin.
Boullier, Dominique. 2026. Déshumanités numériques. Armand Colin.
Cardon, Dominique, Sylvain Parasie, Donato Ricci, L'Atelier de cartographie de Sciences Po. 2023. Atlas du numérique. Presses de Sciences Po.
Cardon, Dominique. 2019. Culture numérique. Presses de Sciences Po.
Chavalarias, David. 2022. Toxic Data. Champs.
Méadel, Cécile et Francesca Musiani (coord.). 2015. Abécédaire des architectures distribuées. Presses des Mines.
Le Crosnier, Hervé et Valérie Schafer (dir.). 2019. La neutralité de l’internet : Un enjeu de communication. CNRS Éditions.
Lévy, Pierre. 1994. L'Intelligence collective : Pour une anthropologie du cyberespace. La découverte.
Turner, Fred. 2012. Aux sources de l’utopie numérique, C&F éditions (préface de Dominique Cardon).
Version originale : From Counterculture to Cyberculture: Stewart Brand, the Whole Earth Network and the Rise of Digital Utopianism 2006. University of Chicago Press.

Lectures complémentaires

Abiteboul, Serge et Dowek, Gilles. 2017. « Le temps des algorithmes ». Le Pommier.
Barabási, Albert-László. 2016. « Network Science ». Cambridge University Press.
Barats, Christine. (dir.). 2016. Manuel d'analyse du web. Armand Colin.
Barnes, Trevor J. 2013. "Big data, little history''. Dialogues in Human Geography, 3, 3, pp 297–302.
Benkler Yochai, Robert Faris and Hal Roberts. 2018. Network Propaganda. Oxford University Press.
Beuscart, Jean-Samuel, Eric Dagiral et Sylvain Parasie (dir.). 2016. « Sociologie d’internet ». Armand Colin.
boyd danah., Kate Crawford. 2012. "Critical questions for big data", Information, Communication & Society, 15, 5, pp 662‑679.
Cardon, Dominique. 2013. « Dans l’esprit du PageRank. Une enquête sur l’algorithme de Google », Réseaux, n° 177, 1, pp 159-198.
Cardon, Dominique et Antonio Casilli. 2015. « Qu'est-ce que le digital labor? ». INA Editions.
Casilli, Antonio. 2019. « En attendant les robots. Enquête sur le travail du clic ». Seuil.
Citton, Yves (dir.). 2014. « L'économie de l'attention: Nouvel horizon du capitalisme ? ». La Découverte.
DiResta, Renée. 2024. Invisible Rulers. PublicAffairs.
Dodge, Martin & Rob Kitchin. 2005. "Code and the Transduction of Space". Annals of the Association of American Geographers, 95, 1, pp 162–180.
Donath, Judith et danah boyd. 2004. "Public Displays of Connection", BT Technology Journal, vol. 22, n° 4, p. 71‑82.
Graham, Mark, Ralph K Straumann et Bernie Hogan. 2015. "Digital Divisions of Labor and Informational Magnetism: Mapping Participation in Wikipedia", Annals of the Association of American Geographers, vol. 105, n°6, p. 1158‑1178.
Greenfield, Adam. 2017. "Radical Technologies. The Design of Everyday Life". Verso.
Kitchin Rob. 2013. "Big data and human geography: Opportunities, challenges and risks", Dialogues in Human Geography, 3, 3, pp 262‑267.
Lazer, David et al. 2009. "Computational Social Science". Science, 323, 5915, pp 721–723.
Lazer, David et al. 2014. "Big data. The parable of Google Flu: traps in big data analysis". Science, 343, 6176, pp 1203–1205.
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Lessig, Lawrence. 2004. Free Culture. The Penguin Press (version française).
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Mayer-Schonberger, Victor & Kenneth Cukier. 2013. "Big Data : A Revolution That Will Transform How We Live Work and Think". Houghton Mifflin Harcourt.
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Nova, Nicolas. 2020. « Smartphones. Une enquête anthropologique ». mētispresses.
Pariser, Eli. 2011. "The Filter Bubble: What the Internet Is Hiding from You ». The Penguin Press.
Pasquale, Frank. 2015. "The Black Box Society: The Secret Algorithms That Control Money and Information". Harvard University Press.
Pentland, Alex. 2014. "Social Physics: How Good Ideas Spread-The Lessons from a New Science". The Penguin Press.
Pinker, Roy. 2020. « Fake news & viralité avant Internet ». CNRS Editions.
Roberts, Sarah T. 2020. « Derrière les écrans ». La Découverte.
Rouvroy, Antoinette. & Thomas Berns. 2013. « Gouvernementalité algorithmique et perspectives d’émancipation ». Réseaux, 177, 1, pp 163–196.
Schneier, Bruce. 2015. "Data and Goliath: The Hidden Battles to Collect Your Data and Control Your World", New York : W. W. Norton & Company.
Sunstein, Cass R. 2007. "Republic.com 2.0". Princeton University Press.
Tufekci, Zeynep. 2008. "Grooming, gossip, Facebook and MySpace", Information, Communication & Society, vol. 11, n° 4, p. 544‑564.
Tufekci, Zeynep. 2014. "Engineering the public: Big data, surveillance and computational politics", First Monday, vol. 19, n° 7.

Autres communications

Anderson, Chris. 2008. "The end of theory". Wired magazine, 23 juin 2008.
Anderson, Chris. 2009. Free: The Future of a Radical Price Culture, Hyperion.
Barlow, John Perry. 1996. "A Declaration of the Independence of Cyberspace". EFF, 8 février 1996.
boyd, danah. 2016. "It’s not cyberspace anymore". Data & Society: Points, 5 février 2016.
Harford, Tim. 2017. "A way to poke Facebook off its uncontested perch", The Economist, 3 novembre 2017.
Les décodeurs. 2018. « Comment les fausses informations circulent sur Facebook ? », Le Monde.
Lessig, Lawrence. 2000. "Code Is Law. On Liberty in Cyberspace", in Harvard Magazine, 1 janvier 2000.
Nakamoto, Satoshi. 2009. "Bitcoin open source implementation of P2P currency". P2P Foundation.

Séminaire

Évaluations

Cet enseignement est validé par la remise de trois documents, dont seul le troisième est noté. Les deux premiers ajustent la note finale, chacun d’un demi-point au plus.

  1. Une « déclaration d’indépendance du cyberespace », dont la longueur ne doit pas dépasser celle de John Perry Barlow (cf. supra).

  2. La participation au séminaire, accompagnée d’une synthèse personnelle.

  3. Le rendu collectif du séminaire, « Six choix et leur cohérence ».

1. « Déclaration d’indépendance du cyberespace »

La « déclaration d’indépendance du cyberespace » est un document simple, destiné à un large public, qui présente une proposition personnelle des enjeux sociaux et politiques d’Internet. Le titre est libre et peut être adapté au contenu de la déclaration.

En 2016, vingt ans après la déclaration de John Perry Barlow, danah boyd lui répondait par « It’s not Cyberspace anymore », en constatant que le cyberespace n’était plus un monde à part. Trente ans après Barlow, il s’agit de prolonger ce geste.

Ce document est obligatoire et individuel.

En revanche, la subjectivité de la proposition faisant partie de la démarche, ce document n’est pas noté. Il contribue néanmoins à une marge de notation finale de ± 0,5 point.

2. Participation au séminaire, accompagnée d’une synthèse personnelle

La validation de cet enseignement suppose de participer aux séances du séminaire et de contribuer à la qualité des discussions, en groupe comme en commun.

Cette participation s’accompagne d’une synthèse individuelle élaborée tout au long du semestre, qui rend compte des enjeux abordés, de leur complexité et de leur relation avec le cours et l’actualité. Cette synthèse peut articuler toutes les séances de manière transversale. Elle ne doit pas dépasser trois pages, soit environ 8 000 signes.

Comme pour tous les séminaires, cette partie ne fait pas l’objet d’une note. Elle est néanmoins obligatoire, et contribue à une marge de notation finale de ± 0,5 point.

3. Séminaire et rendu collectif

L’IA rend l’information plus abondante et plus accessible. Elle fragilise aussi les conditions de la sphère publique, qu’il s’agisse de l’échelle à laquelle elle se forme, de ce qui finance l’information, de qui peut y parler, de qui juge de ce qui y circule, de ce par où l’on y accède ou de ce qui la défend. La protéger suppose de confier du pouvoir à des entreprises ou à des États, qui peuvent aussi la menacer.

Chaque séance part d’une problématique issue du cours et mise en tension, que deux cas récents mettent à l’épreuve. Chaque groupe y arrête une orientation, éventuellement assortie d’une condition, que deux épreuves et une discussion commune mettent ensuite en question (déroulé d’une séance).

Le rendu collectif se prépare dès la séance S5, le 26 octobre, puisque chaque séance en fournit la matière. En fin de semestre, chaque groupe reprend les discussions des six séances afin de prendre une position cohérente et argumentée. Le rendu, « Six choix et leur cohérence », compte 30 000 signes (± 10 %), ponctuation et espaces compris. Ses attendus sont précisés avec le dispositif du séminaire (rendu final).

Pour chaque séance, d’autres cas permettent d’en approfondir la problématique. Leur lecture est libre.

Remise

Les trois documents doivent être remis au plus tard le vendredi 22 janvier 2027 à 17 h, au format PDF, à l’adresse rendus_espi AT beaude.net.