Cet enseignement présente l’histoire ainsi que les aspects techniques, culturels et économiques d’Internet, afin de mieux en saisir les enjeux sociaux et politiques contemporains.
À l’issue de ce cours-séminaire, les étudiant·es seront capables de :
Comprendre les fondements techniques d’Internet (commutation de paquets, client-serveur, cookies, etc.).
Mener une réflexion sur les notions relatives à Internet (intelligence collective, intelligence artificielle, économies d’échelle, bulles de filtre, traces numériques, fake news, darknet, etc.).
Saisir les enjeux sociétaux associés à Internet (gouvernance, fracture numérique, digital labor, vie privée, etc.).
Situer et concevoir Internet dans une perspective historique et politique.
Identifier les acteurs de la conception, de l’évolution, des usages et de la gouvernance d’Internet.
Après l’écriture, le livre, la presse, la radio, le télégraphe, le cinéma, la photographie, le téléphone, puis la télévision, Internet s’inscrit dans le prolongement des techniques de communication. L'acte le plus élémentaire de la communication consiste essentiellement en la transmission d’informations dans l’espace et dans le temps. Ces techniques ont permis de transmettre des informations plus loin, plus tard et à un plus grand nombre d’individus, en perfectionnant et en spécialisant régulièrement les moyens de cette transmission.
L’interaction sociale, la constitution des identités, des cultures et des organisations sociales se sont ainsi déployées sur des distances de plus en plus importantes. Cet enseignement propose d’inscrire Internet dans le prolongement de cette histoire des médiations sociales, afin de mieux en saisir la singularité, l’efficience, mais aussi les vulnérabilités.
Cet enseignement se divise en deux approches distinctes. La première, sous forme de cours, propose de situer les débats contemporains sur les enjeux sociaux et politiques d’Internet dans le contexte plus général du changement des modalités pratiques de l’interaction sociale. En changeant profondément l’espace qui est entre nous, Internet crée de nouvelles relations et de nouvelles virtualités constitutives de nos existences, de nos coexistences et de nos existences à venir. Nous discuterons successivement de nombreux enjeux parmi les plus saillants, soulignant la pluralité des problématiques associées à l’émergence d’Internet, tout en rappelant à quel point il s’agit essentiellement de problématiques relationnelles, sociales et politiques. La dimension technique d’Internet sera ainsi toujours située entre les intentions et les actions, comme dispositif et comme projet, en considérant son agentivité, mais aussi l’environnement qui la rend possible (détails des séances ↓).
La seconde approche, sous forme de séminaire, est plus exploratoire. Après quatre séances qui accompagnent les premières parties du cours (neutralité du net, Déclaration d’indépendance du cyberespace, Wikipédia, Code is law ?), elle se concentre sur une relation : celle de la sphère publique et de l’intelligence artificielle, c’est-à-dire ce que les machines font à ce qui peut être dit, vu, cru et contesté en public, et qui en décide. Chaque lundi, dans le prolongement du cours, une séance part de trois cas réels, souvent encore ouverts, deux tirés de démocraties occidentales, le troisième d’un autre contexte politique. Il s’agit de prendre une décision à la place de qui en a la charge (gouvernement, régulateur, entreprise ou collectif), puis d’énoncer la règle générale qu’elle engage. Séance après séance, ces décisions, entre Code is law et Code by law, sont confrontées pour en relever les convergences et les contradictions, en se demandant, dans chaque cas, si l’IA prolonge, amplifie ou transforme des pratiques qui lui sont bien antérieures. La séance de conclusion propose une montée en généralité, au-delà de l’IA, sur la sphère publique et ses problèmes dans le temps long (détails des séances ↓).
Notions abordées dans cet enseignement :
Alternative facts, Astroturfing, Biais, Big data, Bitcoin, Blackbox society, Blockchain, Clickbait, Code is law, Code/Space, Cookies tiers, Crowdfunding, Crowdsourcing, Cyberculture, Cyberespace, Cybernétique, Cyberwarfare, Darknet, Deep learning, Deep Web, DeepFake, Digital labor, Distance, DNS, DRM, Droit à l’oubli, Droits voisins, Déconnexion, Echo Chamber, Économie de l’attention, Économie du partage, Économies d’échelle, Effet de réseau, Espace, Fake news, FOMO, Filter bubble, Fractures numériques, GAFAM (BATHX, NATU…), Géolocalisation, Gouvernance d’Internet (ICANN, ISOC, IETF, RFC, IGF…), Hacking, IoT, Libertarianisme, Lieu, Machine learning, Neutralité du net, P2P, Pervasivité, Positivisme, Post truth society, Prédiction, Publicité ciblée, Revenge Porn, Réalité augmentée, Réalité virtuelle, Réductionnisme, Slacktivisme, Sécurité, Tor, Virtuel. (détails des séances ↓).
Séance Ci - lundi 14 septembre 2026
Introduction - Enjeux sociaux et politiques d'Internet
Séminaire Si - lundi 14 septembre 2026
Introduction - Choix du séminaire
Séance C1 - lundi 28 septembre 2026
Internet, un dispositif technique & un espace politique
Séance C2 - lundi 5 octobre 2026
Internet, une utopie ?
Séance C3 - lundi 12 octobre 2026
Les utopies d’Internet 1
Séance C4 - lundi 19 octobre 2026
Les utopies d’Internet 2
Séance C5 - lundi 26 octobre 2026
De l’abolition de l’espace… à l’émergence des territoires
Séance C6 - lundi 9 novembre 2026
De la gratuité… à la propriété
Séance C7 - lundi 16 novembre 2026
De la liberté d’expression… au ciblage de l’individu
Séance C8 - lundi 23 novembre 2026
De l’intelligence collective… à l’intelligence artificielle
Séance C9 - lundi 30 novembre 2026
De la décentralisation… à l'hypercentralité
Séance C10 - lundi 7 décembre 2026
De la résilience… à la vulnérabilité
Séance S1 - lundi 28 septembre 2026
La neutralité du net
Séance S2 - lundi 5 octobre 2026
La déclaration d'indépendance du cyberespace
Séance S3 - lundi 12 octobre 2026
Wikipédia
Séance S4 - lundi 19 octobre 2026
Code is law ?
Séance S5 - lundi 26 octobre 2026
Quel droit respecter ?
Séance S6 - lundi 9 novembre 2026
Quel modèle économique ?
Séance S7 - lundi 16 novembre 2026
Quel anonymat ?
Séance S8 - lundi 23 novembre 2026
Quelle modération ?
Séance S9 - lundi 30 novembre 2026
Quelle architecture ?
Séance S10 - lundi 7 décembre 2026
Quelle vulnérabilité ?
Séance Cc - lundi 14 décembre 2026
Conclusion : Now what ? This is not Cyberspace anymore !
Séance Sc - lundi 14 décembre 2026
Quelle sphère publique ?
L’espace qui est entre nous
"The best minds of my generation are thinking about how to make people click ads, that sucks."

Qu’est-ce qu’Internet ?
Notions (Internet) : suite de protocoles Internet (TCP/IP), commutation de paquets, DNS, Request for Comments (RFC), couche physique, de liaison de données, réseau, transport et application, numérisation.
Notions (Internet) : Internet, Web, hypertexte, HTTP, HTML, CSS, JavaScript, Web 2.0, cookie, Ajax.
Gouvernance d’Internet : ISOC, ICANN, IETF, TLD, ccTLD, espace, enjeux sociaux, enjeux politiques.
Références ↓
Internet Society, Un bref historique de l’Internet, 1997
CERN, Brève histoire du Web, 2001
Martin Dodge & Rob Kitchin, Atlas of Cyberspace, 2008

Lecture
John Perry Barlow. 1996. "A Declaration of the Independence of Cyberspace". EFF.
- Version française
- Vidéo
Turner, Fred, 2012, Aux sources de l’utopie numérique C&F éditions (préface de Dominique Cardon).
Version originale : From Counterculture to Cyberculture: Stewart Brand, the Whole Earth Network and the Rise of Digital Utopianism, 2006, University of Chicago Press.

Internet abolirait la distance, mais aussi les contraintes territoriales, rendrait négligeables les coûts de transmission de l’information et permettrait une expression anonyme et individuelle.
Notions (espaces) : cyberespace, espace, territoire, synchôrisation, ubiquité, pervasivité, télétravail, enseignement à distance, MOOC, virtuel / réalité augmentée / réalité virtuelle
Notions (gratuités) : économie d’échelle, coût marginal, effet de réseau, logiciel libre (free software), free culture, copyleft, Creative Commons.
Notions (libertés) : avatar, anonymat, pseudonymat, nétiquette, newsgroup, pages personnelles, blogs, médias sociaux, lanceurs d’alerte.
Références ↓
Lessig Lawrence. 2004. Free Culture, The Penguin Press (version française).
Chris, Anderson. 2009. Free: The Future of a Radical Price Culture, Hyperion.

Internet permettrait de faire émerger de l’intelligence par la simple mobilisation effective des compétences individuelles et serait plus résilient en privilégiant la décentralisation du dispositif technique.
Notions (intelligence) : légitimité a priori / a posteriori, stigmergie, folksonomies, crowdsourcing, crowdfunding.
Notions : client, serveur, décentralisé, distribué, P2P, RSS, désintermédiation, cybernétique, feed-back, auto-régulation, neutralité du net.
Wu, Tim, Network Neutrality, Broadband Discrimination Journal of Telecommunications and High Technology Law, Vol. 2, p. 141, 2003.
Lévy, Pierre, 1994, L'Intelligence collective : Pour une anthropologie du cyberspace, La découverte.

Lecture
Lessig, Lawrence. 2000. "Code Is Law. On Liberty in Cyberspace". Harvard Magazine (traduction française).
Notions : Code is law, code, architecture web, algorithme, PageRank, consentement.
Références ↓Lessig Lawrence. 1999. Code and Other Laws of Cyberspace. Basic Books (pdf).
Lessig, Lawrence. 2000."Cyberspace’s Constitution, Draft 1.1", Lecture given at the American Academy, Berlin, Germany, February 10, 2000.
Lessig Lawrence. 2006. Code version 2.0. Basic Books (pdf).

Internet est de plus en plus confronté aux territoires politiques, géopolitiques, économiques, culturels et environnementaux…
Notions : balkanisation d’Internet, fractures numériques, cyberwarfare, ressources (énergies et métaux rares), digital labor, IRL, smart city.
Graham, Mark, Straumann, Ralph K et Hogan, Bernie. 2015. "Digital Divisions of Labor and Informational Magnetism: Mapping Participation in Wikipedia", Annals of the Association of American Geographers, vol. 105, n°6, p. 1158‑1178.

Le coût négligeable de la circulation et de la reproduction de l’information ne signifie aucunement que le coût initial de sa production le soit aussi...
Notions : économie de l’attention, dopamine, économie du partage, économies d’échelle, effets de réseau, biens rivaux, digital labor, DRM (Digital Rights Management), droits voisins, adblocker, long tail, API.
Références ↓
Citton, Yves (dir.). 2014. «Introduction» in L'économie de l'attention: Nouvel horizon du capitalisme ?. La Découverte.
Cardon, Dominique et Casilli, Antonio A. 2015. «Qu'est-ce que le digital labor?». INA Editions.

Quelle est la valeur de la liberté d’expression lorsque l’on a plus l’assurance de l’identité de la source ?
Notions : cookies, cookies tiers, tracking, geotraking, gatekeeper, troll, sock puppet / faux-nez, clickbait, fake news, bullshit, post-truth society, deepfake, publicité ciblée, revenge porn / pornographie involontaire, harcèlement, cyberbullying, sous-veillance, assignation à la transparence, droit à l’oubli, cancel culture, information overload / surcharge informationnelle, vie privée, modération, anonymat.
Références ↓
Yochai Benkler, Robert Fais and Hal Roberts, Network Propaganda Oxford University Press, 2018.
Roy Pinker, Fake news & viralité avant Internet, CNRS Editions, 2020.
Sarah T. Roberts, Derrière les écrans, La Découverte, 2020.

En l’absence d’auto-régulation, la régulation est de plus en plus déléguée à des algorithmes, sans pour autant être efficiente ni explicite...
Notions : astroturfing, A/B testing, bulles de filtre, PageRank, black box society, cybernétique, social credit system (Chine), consentement, biais, data-driven society, intelligence artificielle, big data, machine learning, deep learning, gouvernance algorithmique.
Références ↓
Rouvroy, A. & Berns, Thomas. 2013. «Gouvernementalité algorithmique et perspectives d’émancipation». Réseaux, 177, 1, pp 163–196.
boyd D., Crawford K. 2012. "Critical questions for big data", Information, Communication & Society, 15, 5, pp 662‑679.
Casilli, Antonio. 2019. « En attendant les robots. Enquête sur le travail du clic ». Seuil.
Joy Buolamwini. 2016."How I'm fighting bias in algorithms", at TEDxBeaconStreet.
O'Neil, Cathy. 2016. "Weapons of Math Destruction: How Big Data Increases Inequality and Threatens Democracy", New York : Crown/Archetype.
Pariser, Eli. 2011. "The Filter Bubble: What the Internet Is Hiding from You", The Penguin Press.
Pasquale, Frank. 2015. "The Black Box Society: The Secret Algorithms That Control Money and Information", Harvard University Press.
Sunstein, Cass R. 2007. "Republic.com 2.0", Princeton University Press.

La décentralisation du réseau n’assure aucunement celle des pratiques.
Notions : GAFAM (BATHX, NATU…), blockchain (preuve d’enjeu et preuve de travail), bitcoin, hypercentralité, (ré)intermédiation, désintermédiation, réintermédiation, ubérisation, plateformisation, winner takes all.
Références ↓
Boullier Dominique, « Politiques plurielles des architectures d'Internet », Cahiers Sens public, 2008/3 (n° 7-8), p. 177-202.
Méadel, Cécile et Francesca Musiani (coord.). 2015. Abécédaire des architectures distribuées. Presses des Mines.
Satoshi Nakamoto. 2009. "Bitcoin: A Peer-to-Peer Electronic Cash System". Bitcoin.org.
Satoshi Nakamoto. 2009. "Bitcoin open source implementation of P2P currency".P2P Foundation.

La résilience du réseau n’assure aucunement celle des dispositifs qui s’y connectent.
Notions : IoT, firewall, hacking (black & white hat), distributed denial of service (DDoS), surveillance, WikiLeaks, Digital Dark Age.

Lecture
danah boyd. 2016. "It’s not cyberspace anymore". Data & Society: Points.
S5 → Sc · 26 octobre → 14 décembre 2026 · lundis
Version provisoire du 4 octobre 2026
Ce séminaire prolonge chaque lundi le cours par l'étude de la relation entre la sphère publique et l'intelligence artificielle. Six séances s'appuient sur des cas réels, souvent encore en cours, et conduisent à prendre une décision à la place des acteurs qui en ont la charge. Une dernière séance propose une réflexion plus générale sur la sphère publique et ses problèmes.
Ouverture
À l'échelle d'un pays, le politique ne va pas de soi. Des millions de personnes qui ne se rencontreront jamais doivent se reconnaître des problèmes communs, s'en faire une opinion alors que la plupart ne les vivent pas directement, et accepter des décisions prises en leur nom, avec d'autres dont elles ne partagent ni les intérêts, ni les convictions, ni parfois la langue. Benedict Anderson a montré que la nation elle-même est une communauté imaginée : ses membres ne connaîtront jamais la plupart des autres, et chacun porte pourtant l'image de leur communion, que l'imprimé, journaux et romans, a largement contribué à forger [1]. La sphère publique désigne ce qui rend possible cet être ensemble à distance : les lieux et les médiations par lesquels une société se donne à voir à elle-même, nomme ses problèmes, confronte ses opinions et fait l'expérience de l'altérité. Ce qui s'y montre ou s'y tait façonne la représentation même de ce qui est commun.
Les opinions qui s'y forment ne parviennent aux gouvernants qu'indirectement, par des médiations multiples (presse, partis, associations, manifestations, sondages), et le vote n'en traduit qu'une part, puisque beaucoup s'abstiennent et que le droit de vote a longtemps été refusé à une grande partie de la population, aux femmes notamment : en Suisse, jusqu'en 1971 sur le plan fédéral, alors que le canton de Vaud le leur avait accordé dès 1959, le premier, et qu'à Appenzell Rhodes-Intérieures il a fallu un arrêt du Tribunal fédéral, en 1990, pour l'imposer [2]. La relation entre gouvernés et gouvernants qui se joue dans la sphère publique est ainsi indirecte, inégale et toujours disputée. Dès lors que l'individu est tenu pour capable de penser par lui-même, ce qui l'informe devient décisif. Pour Kant, en 1784, les Lumières « sont ce qui fait sortir l'homme de la minorité qu'il doit s'imputer à lui-même ». Cette émancipation n'est pourtant pas solitaire : elle suppose que reste libre l'usage public de la raison, celui que chacun en fait « à titre de savant, devant le public entier des lecteurs », car cet usage « doit toujours être libre, et seul il peut répandre les lumières parmi les hommes » [3]. L'autonomie de chacun dépend ainsi de la liberté de ce qui circule entre tous. Le public moderne naît ainsi public de lecteurs, avant de s'étendre aux auditeurs de la radio, aux téléspectateurs, puis aux usagers d'Internet. En 1901, Gabriel Tarde le décrit comme « une foule dispersée, où l'influence des esprits les uns sur les autres est devenue une action à distance », et constate que les journaux ont fini par « modeler l'opinion, en imposant aux discours et aux conversations la plupart de leurs sujets quotidiens » [4].
Jürgen Habermas (1929-2026) en a fait une théorie. Il décrit la sphère publique bourgeoise du XVIIIe siècle, faite de salons, de cafés et de journaux, où l'autorité devait rendre raison devant des personnes privées réunies en public, puis son déclin, lorsque médias de masse et relations publiques permettent à des intérêts particuliers de se présenter comme l'intérêt général : une reféodalisation [5]. La traduction française de 1978 a rendu Öffentlichkeit par « espace public », expression ambiguë que l'usage a fini par répartir : au singulier, la sphère du débat ; au pluriel, les rues, les places et les parcs [6]. Sphère publique désigne ici le premier sens, mais dans une acception spatiale élargie, qui ne se réduit pas pour autant aux rues, aux places et aux parcs : Internet est lui-même un espace, fait de lieux (plateformes, forums, messageries, moteurs de recherche, agents conversationnels) qui appartiennent pleinement à la sphère publique et en organisent les relations. La problématique de Habermas, celle d'un public qui se forme dans des lieux et par des médiations, s'y prolonge à une autre échelle. Les lieux matériels n'en sortent pas : interdire un rassemblement et en identifier les participant·e·s par reconnaissance faciale, comme en Hongrie (S7-2), atteint la sphère publique dans l'un de ses lieux les plus anciens, la rue. Nancy Fraser a rappelé, enfin, que cette sphère n'a jamais été une : femmes, ouvrier·ère·s et minorités ont formé des contre-publics, « parallel discursive arenas » où s'élaborent d'autres lectures de leurs intérêts [7].
Au-delà d'une certaine échelle, la compréhension des affaires publiques est nécessairement médiée. « The world that we have to deal with politically is out of reach, out of sight, out of mind. It has to be explored, reported, and imagined », écrit Walter Lippmann en 1922. Entre chacun et le monde s'interpose un pseudo-environnement, et qui contrôle l'accès aux faits devient, dans une certaine mesure, censeur et propagandiste : la « manufacture of consent », note-t-il, est capable de grands raffinements [8]. John Dewey lui répond en 1927 que le public n'est pas donné : il réunit celles et ceux qu'affectent les conséquences indirectes d'actions auxquelles ils n'ont pas pris part, et doit se découvrir pour exister ; or il est, constate Dewey, « so bewildered that it cannot find itself » [9]. La notion même de sphère publique suppose ainsi que l'opinion n'est pas déjà là : elle se forme, se déplace et se hiérarchise dans la circulation des informations, ce que Pierre Bourdieu opposait aux sondages, qui postulent que « tout le monde peut avoir une opinion » [10]. D'où le pouvoir considérable de qui maîtrise cette circulation et cette hiérarchie : éditeurs et rédactions hier, plateformes et modèles aujourd'hui.
Ce pouvoir prend deux formes qu'il importe de distinguer. Invisibiliser, c'est retirer, censurer, déréférencer : un contenu cesse d'être accessible. Hiérarchiser, c'est classer, recommander, mettre en avant : tout demeure accessible, mais rien n'est également visible. La censure et la une sont aussi anciennes que la presse ; ce qui change est l'individualisation de l'une et de l'autre, qui permet de cacher à certain·e·s ce que l'on montre à d'autres. Le lecteur d'un quotidien de droite pouvait acheter un quotidien de gauche et lire ce qui s'y trouvait : le public était divisé, mais ses divisions restaient observables. Une expérience médiatique calculée pour chaque personne est inaccessible aux autres, et des campagnes massives peuvent échapper à la plupart, journalistes compris. Ce n'est qu'en mai 2018 que Facebook a ouvert à tous une archive des publicités politiques diffusées aux États-Unis, avec leur budget et le profil des personnes atteintes [11]. Or une sphère publique suppose un monde commun, c'est-à-dire la possibilité de voir ce que voient les autres.
S'y ajoute la simulation de mobilisation (astroturfing), par laquelle des intérêts étroits se donnent l'apparence d'une base large : là où chacun croit participer à un mouvement collectif, la discussion est alimentée par des comptes automatisés et de faux témoins (des faux-nez ; en anglais, sock puppets). En juillet 2024, la justice américaine a mis au jour une ferme de comptes, développée par la chaîne d'État russe RT, qui utilisait l'IA pour prêter à 968 comptes des identités fictives d'Américain·e·s [12]. La capacité de persuasion des modèles accroît ce risque : des expériences menées pendant les élections américaine de 2024, canadienne et polonaise de 2025 montrent qu'une conversation avec un modèle plaidant pour un candidat déplace les préférences plus que ne le font d'ordinaire les publicités vidéo [13], et l'utilisation qui rend les modèles plus persuasifs les rend aussi moins exacts [14] : lorsqu'il s'agit de persuader, l'exactitude n'est précisément pas l'objectif.
Une question disputée
La sociologie des médias s'est longtemps construite contre l'idée d'une influence directe. Observant la campagne présidentielle de 1940 dans un comté de l'Ohio, Paul Lazarsfeld, Bernard Berelson et Hazel Gaudet constatent qu'elle renforce les préférences plus qu'elle ne les convertit, et que les messages passent par des leaders d'opinion [15], d'où le modèle d'une communication à deux étages que Lazarsfeld formalise en 1955 avec Elihu Katz [16]. La mise à l'agenda déplace la question : la presse, écrit Bernard Cohen en 1963, « may not be successful much of the time in telling people what to think, but it is stunningly successful in telling its readers what to think about » [17], ce que Maxwell McCombs et Donald Shaw établissent empiriquement en 1972 [18]. Ce scepticisme se prolonge aujourd'hui dans certaines lectures de la désinformation.
« Ce n'est pas la désinformation qui est terminée, mais bien les modalités de sa contention. […] La réponse à la question tient peut-être bien plus à limiter l'amplification que produisent les plateformes qu'à contrôler la vérité ! »
Hubert Guillaud, « La désinformation est terminée ! », Dans les algorithmes, 23 janvier 2025 [19]
Yuval Noah Harari invite à considérer la question de plus haut. Dans Nexus, il récuse une vision naïve de l'information, selon laquelle davantage d'information produirait davantage de vérité : les réseaux d'information fabriquent de l'ordre autant que du savoir, l'imprimerie a diffusé le Malleus Maleficarum et la chasse aux sorcières avant de servir la science, et les démocraties tiennent à des mécanismes d'autocorrection que l'IA, agent nouveau de ces réseaux, peut affaiblir [20].
Qu'un effet soit difficile à mesurer ne signifie pas qu'il soit nul. Il est réel, inégal, complexe, peu prévisible, et il s'achète. Des causes plus profondes, comme le creusement des inégalités ou le sentiment de déclassement, pèsent sans doute davantage sur un vote que n'importe quelle campagne ; mais le sens donné à ces situations, et les forces politiques vers lesquelles elles se tournent, se forment dans la circulation des discours. La publicité a rapporté à Meta 196 des 201 milliards de dollars de son chiffre d'affaires de 2025, et à Alphabet près de 295 milliards sur 403 [21] [22] ; les élections fédérales américaines de 2024 ont coûté près de 15,9 milliards de dollars [23]. Si les discours ne changeaient rien à des opinions déjà formées, ces dépenses seraient inexplicables, et le mot même d'influenceur désignerait une fiction. La mesure reste fragile, comme le rappelle le rectificatif apporté en 2026 à une étude sur la persuasion par les modèles [24] ; mais affirmer qu'un discours est sans effet engage autant que l'inverse.
La votation vaudoise du 27 septembre 2026 en offre une illustration, non une preuve. Lancée par trois organisations patronales et immobilières, l'initiative « Baisse d'impôts pour tous », qui prévoit une baisse de 12 % de l'impôt cantonal sur le revenu et la fortune, a été acceptée par 53,1 % des votant·e·s, contre l'avis du Conseil d'État et du Grand Conseil [25] [26], au terme d'une campagne dont le budget annoncé, 779 185 francs, six fois celui des opposant·e·s, était sans précédent dans le canton selon 24 heures [27]. Ses effets sont disputés : selon le comité opposé, 85 % de la baisse de l'impôt sur la fortune irait aux 10 % les plus fortunés [28] ; selon son intitulé, elle doit « redonner du pouvoir d'achat à la classe moyenne » [25]. L'élection américaine de 2016, de même, ne se réduit pas aux ingérences russes [29] : Cambridge Analytica, qui a exploité les données de jusqu'à 87 millions de profils Facebook pour les campagnes de Ted Cruz et de Donald Trump [30], et Deep Root Analytics, prestataire du Parti républicain dont une base de 198 millions d'électeur·rice·s est restée exposée en ligne en 2017 [31], sont des entreprises occidentales, l'une britannique, l'autre américaine.
Une sous-problématique transversale
L'IA n'a inventé ni la propagande, ni la désinformation, ni la censure, ni la concentration des intermédiaires. Tarde voyait déjà le journal fixer les sujets de conversation, Lippmann décrivait la fabrique du consentement, et les fermes de faux comptes ont précédé les modèles de langage. Une même question traverse donc toutes les séances : dans chaque cas, l'IA prolonge-t-elle des pratiques antérieures, les amplifie-t-elle en changeant leur échelle, leur coût ou leur vitesse, ou transforme-t-elle structurellement ce qui peut être dit, vu et cru en public ? Prolonger, c'est faire autrement la même chose ; amplifier, c'est la faire à une échelle qui en modifie les effets ; transformer, c'est faire apparaître un rapport nouveau, comme un agent qui converse avec chacun et le persuade, ou une réponse unique qui se substitue à une liste de sources. La frontière entre amplifier et transformer n'est pas toujours nette. Répondre à chacun, avec précision et force de persuasion, était déjà humainement possible, mais à un coût qui en interdisait la pratique à grande échelle : nul ne pouvait intervenir systématiquement dans toutes les discussions qui touchent un agenda politique ou commercial. Que des machines le puissent est un changement d'échelle qui devient une rupture, car il atteint la sphère publique là où elle est supposée être la plus authentique : la discussion horizontale, entre pairs, sans intermédiaires.
La réponse varie d'un cas à l'autre et n'est jamais donnée d'avance. Chaque séance s'ouvre pour cette raison sur un passage « Dans le temps long », qui pose la même question avant l'IA, avec deux ou trois précédents tirés de la presse, de la radio, de la télévision ou du Web, et chaque décision est ensuite située dans ce temps long : continuité, amplification ou rupture.
Le cadre
Le séminaire traite d'Internet, du numérique et de l'IA, mais non pour eux-mêmes : ce qui importe est leur relation à la sphère publique, problématisée en tant que telle. Il s'agit de comprendre ce que les machines font à ce qui peut être dit, vu, cru et contesté en public, et qui en décide. Chaque lundi, il prolonge le thème du cours dans une séance d'une heure trente consacrée à un enjeu très actuel.
Trois cas, dont deux tirés de démocraties occidentales (Suisse, France, Union européenne, États-Unis). Le choix entre les trois est libre.
Certains cas sont tranchés, d'autres en cours, d'autres n'ont pas été tranchés alors qu'ils auraient dû l'être. Les cas ont été choisis en début de semestre et mis à jour le 4 octobre 2026 ; chaque fiche porte un état daté.
Un gouvernement, un régulateur, une entreprise ou un collectif, pris dans ses compétences réelles, face aux options qui existaient ou existent vraiment, à la date où la décision se prend.
Deux logiques de régulation
Lawrence Lessig a donné la formule qui sert de fil à toutes les séances : dans le cyberespace, le régulateur est le code, c'est-à-dire les logiciels et les matériels qui fixent les conditions de toute pratique [32]. Le code protège la vie privée ou organise la surveillance, ouvre ou ferme l'accès à l'information ; « our choice is not between "regulation" and "no regulation." The code regulates », si bien que la seule question est de savoir si les valeurs qu'il met en œuvre seront choisies collectivement ou laissées à celles et ceux qui l'écrivent [33]. Avec l'IA, qui produit, trie, résume et fait circuler une part croissante de la parole publique, cette question passe des architectures du réseau aux modèles eux-mêmes. Deux logiques s'y disputent la règle.
Les entreprises règlent par le code
Conditions d'utilisation, entraînement et réglages des modèles, classements, chartes : l'entreprise fixe la règle et l'applique par le code, sans autre sanction que celle du marché et de sa réputation.
Le politique s'empare du code
Lois, régulateurs, injonctions, exigences de conception, commande publique : l'autorité publique fixe ce que le code doit faire, et contrôle qu'il le fait.
Aucune des deux logiques ne protège à coup sûr la sphère publique. Une entreprise peut répondre à la loi en se retirant : invoquant les exigences du nouveau règlement européen sur la publicité politique, Meta a cessé en octobre 2025 de diffuser dans l'Union toute publicité politique, électorale ou portant sur des questions de société, et n'a annoncé aucune reprise depuis [34]. Le pouvoir qui entend protéger la sphère publique peut aussi la restreindre, y compris dans les démocraties. En 2024, la Californie a interdit la diffusion d'hypertrucages électoraux trompeurs et obligé les très grandes plateformes à les bloquer ou à les signaler ; un juge fédéral a invalidé ces deux lois en 2025, au nom du Premier amendement et de la section 230, après avoir reproché à la première, dès 2024, d'agir comme un marteau plutôt que comme un scalpel, au détriment de la satire et du débat démocratique (S5-1). Décider, dans ces conditions, c'est écrire une règle en sachant qu'elle pourra un jour servir un autre pouvoir.
La grille transversale
La grille ne fournit pas de critères pour reconnaître une bonne sphère publique ; elle met en regard des exigences qui se contredisent. Chaque pôle de chaque dilemme est défendable, et chacun peut être détourné.
Dilemmes de la sphère publique
Imputer la parole⟷Protéger l'anonymat
Identifiable par qui : le public, une autorité, un juge seulement, ou personne ? Avec l'IA, savoir qui parle ne dit pas encore si une machine parle, et signaler un contenu synthétique n'oblige pas à lever l'anonymat de qui le publie. La question se double d'une autre, plus ancienne : qui répond de la parole ? Le journalisme professionnel en a donné une réponse instituée : des intermédiaires qui répondent de ce qu'ils publient, et dont les sources bénéficient, dans de nombreuses démocraties, d'une protection particulière. En Suisse, lorsqu'une infraction est commise par une publication dans un média, l'auteur est seul punissable ; s'il ne peut être découvert ou traduit devant un tribunal suisse, le rédacteur responsable répond de ne pas s'être opposé à la publication ; la Constitution garantit le secret de rédaction, et la loi permet aux journalistes de taire leurs sources [35] [36]. La Cour européenne des droits de l'homme tient cette protection pour « l'une des pierres angulaires de la liberté de la presse » [37]. Une plateforme qui recommande ou un modèle qui répond n'ont pas de rédacteur responsable : la question glisse de « qui parle ? » à « qui répond de ce qui est dit ? », indépendamment du pluralisme (2) et de l'autorité (3).
Ouvrir à toutes⟷Exclure celles qui nient les droits d'autrui
« Unlimited tolerance must lead to the disappearance of tolerance », écrivait Karl Popper en 1945 ; mais il ajoutait que, tant que les doctrines intolérantes peuvent être contrées par l'argument et contenues par l'opinion publique, les interdire serait « most unwise », tout en revendiquant le droit de les réprimer, au besoin par la force, si elles se dérobent à l'argument [38]. Tout le débat tient dans cet intervalle, et dans la question de savoir qui trace la frontière, selon quel standard et avec quel recours. Le Premier amendement américain ne permet de réprimer que l'incitation à une action illégale imminente [39] ; la Convention européenne admet des restrictions et refuse à quiconque vise la destruction des droits le bénéfice de ceux-ci (art. 10 et 17) [40] ; le Code pénal suisse réprime l'incitation à la haine (art. 261bis) [41]. La Belgique francophone offre un cas d'école : depuis la percée de l'extrême droite flamande en 1991, ses médias audiovisuels refusent aux partis d'extrême droite l'expression en direct, règle formalisée par le régulateur et contraignante en campagne [42]. Ce cordon sanitaire médiatique compte parmi les facteurs de la faiblesse durable de ces partis en Belgique francophone, où ils ont disparu des assemblées depuis les scrutins de 2009 et de 2010 ; mais il ne s'étend pas aux plateformes, où le parti Chez Nous, fondé en 2021, a dépensé jusqu'en mai 2023 plus de 31 000 euros en publicités sur les réseaux de Meta pour se faire connaître [43] [44]. La médiatisation d'une idée pèse sur l'opinion et sur le vote ; reste à savoir qui doit en décider.
Faire primer le vrai⟷Préserver le droit de contester l'autorité qui le définit
Qui certifie le vrai et l'acceptable : une autorité publique, une plateforme, des expert·e·s, la foule, un modèle ? Faire primer le vrai suppose que quelqu'un le définisse ; contester suppose de pouvoir dire ce qu'une autorité réprouve et de faire réexaminer une décision de retrait, de classement ou de refus. Invisibiliser un énoncé n'est pas le hiérarchiser : le retirer ou le déréférencer, c'est le rendre inaccessible ; le classer plus bas, c'est le laisser accessible mais le rendre moins visible, ce qui est plus discret et plus difficile à contester. Lorsque l'une ou l'autre de ces décisions est prise pour chaque personne, et non pour tout le public, elle échappe au regard de celles et ceux qui pourraient la contester : on ne conteste ni ce que l'on ne voit pas, ni ce que d'autres ne voient pas (voir « Invisibiliser, hiérarchiser, individualiser »).
Questions de pouvoir
Code is law⟷Code by law
Entreprise, État, régulateur, juge, communauté ou machine ; contrat, code, marché, loi ou commande publique. Lessig distinguait quatre régulateurs, la loi, les normes sociales, le marché et l'architecture [32] : toute règle sur la sphère publique choisit, explicitement ou non, celui qu'elle mobilise.
Recours · transparence · juge · audit · pluralité des acteurs
Une règle qui confie un pouvoir dit aussi qui le contrôle et comment le contester. Une proposition de régulation qui ne désigne aucun contre-pouvoir laisse, de fait, la décision à son titulaire.
Le test du pouvoir hostile
Cette règle resterait-elle acceptable entre les mains d'un pouvoir hostile ?
Le test vaut pour tout gouvernement comme pour toute entreprise. Il ne s'agit pas d'imaginer la règle appliquée par celui ou celle qu'elle vise, mais par un autre pouvoir que celui qui l'a écrite : un pouvoir qui aura changé, devenu plus autoritaire, ou simplement adverse, et qui s'en servirait contre celles et ceux qu'elle devait protéger. Il prolonge l'exigence de séparation des pouvoirs et la méfiance de Barlow envers les États [45], en l'étendant aux entreprises, dont le pouvoir sur la sphère publique ne connaît pas d'alternance. À défaut d'alternance, les utilisateur·rice·s, mais aussi les citoyen·ne·s, sont livré·e·s aux changements de cap de leurs dirigeant·e·s, comme le montre la transformation observable aux États-Unis depuis la réélection de Donald Trump : Meta y a mis fin, dès janvier 2025, à la vérification professionnelle des faits (S8-1), et l'administration fédérale entend imposer à ses fournisseurs des modèles « vrais » et « neutres » (S8-2).
Les codes de solution
Les options de chaque décision portent un ou plusieurs codes, de A à H. Ils ne désignent pas la bonne réponse d'une séance : ils forment un vocabulaire commun, qui permet de suivre une même constitution d'une séance à l'autre et d'y faire apparaître les contradictions, comme bloquer ici ce que l'on refuse de bloquer là, ou exiger l'identification d'un éditeur tout en défendant l'anonymat d'une manifestante.
Laisser faireNe rien imposer : autorégulation, contre-parole, marché, statu quo.
Bloquer ou retirerInterdire, retirer, suspendre, exclure, déréférencer, bannir.
SignalerÉtiqueter, informer, rendre transparent, publier, alerter.
IdentifierImputer la parole à une personne ou une entité identifiée, vérifier l'identité, lever l'anonymat.
OuvrirImposer l'accès, l'interopérabilité, la pluralité des sources ou des acteurs.
RémunérerFaire payer, licencier, partager la valeur.
PrescrireDicter ce que le code doit dire, montrer ou tenir pour vrai ou acceptable.
Confier à un tiersJuge, régulateur indépendant, auditeur, chercheur·e·s, collectif, organisation responsable.
| Code | S5 | S6 | S7 | S8 | S9 | S10 |
|---|---|---|---|---|---|---|
| A Laisser faire | 12 | 13 | 123 | 123 | 13 | 123 |
| B Bloquer ou retirer | 123 | 123 | 123 | 13 | 23 | 123 |
| C Signaler | 123 | 12 | 123 | 123 | 1 | 123 |
| D Identifier | 3 | 1 | 123 | 3 | 3 | 2 |
| E Ouvrir | 3 | 12 | 3 | 1 | 123 | 12 |
| F Rémunérer | · | 123 | · | · | · | 1 |
| G Prescrire | 23 | 1 | · | 123 | 13 | 123 |
| H Confier à un tiers | 123 | 123 | 123 | 123 | 123 | 123 |
Les numéros renvoient aux cas de chaque séance (1 et 2 : démocraties occidentales ; 3 : autres contextes politiques). Un numéro plein signale que le décideur réel a retenu une option portant ce code. Au survol, chaque numéro affiche le titre du cas.
De la décision à l'article
La décision se prend à la place du décideur réel, à la date où elle a été prise, ou aujourd'hui si elle reste à prendre, parmi les options qui existaient vraiment et dans les limites de ses compétences. Quand l'issue est connue, elle peut être contestée ; quand elle ne l'est pas, elle doit être tranchée.
L'article énonce la règle générale que cette décision engage, dans une forme commune à toutes les séances. Il ne vaut plus pour une entreprise ou pour un pays, mais pour quiconque se trouverait dans la même situation.
Art. Sn — [Qui] peut / doit / ne peut pas [faire quoi], [lorsque…], sous le contrôle [de quel contre-pouvoir].
Pour chaque partie de la phrase, un menu propose des options communes aux trois cas de la séance, complétées par une option « Autre » qui laisse place à une formulation propre. Le menu « Qui » va du titulaire le plus public au plus privé ; « Faire quoi » propose des mesures, chacune rattachée à un ou deux codes, et une seconde mesure peut s'y ajouter ; « Condition » précise quand la règle s'applique ; « Sous le contrôle de » nomme le contre-pouvoir dans une liste commune à toutes les séances. La phrase se compose à mesure des choix, et ses codes s'affichent : engagés lorsque la modalité est « peut » ou « doit », refusés lorsqu'elle est « ne peut pas ». Des articles écrits à partir de cas différents restent ainsi comparables, au sein d'une séance comme d'une séance à l'autre. Le contre-pouvoir ne porte pas de code, puisque tout article en désigne un ; le code H n'est engagé que lorsque la décision elle-même revient à un tiers indépendant, désigné comme titulaire ou par la mesure retenue.
Deux exemples, tirés de deux cas de S6, le montrent.
Art. S6 — La plateforme qui recommande ou qui répond doit exclure des recommandations et de la monétisation les sites qui publient sans éditeur responsable identifié, lorsqu'un site publie en masse des articles générés sans relecture humaine, sous le contrôle d'un régulateur indépendant du gouvernement comme des entreprises.
Cas Google Discover (S6-1) · Codes engagésBD
Art. S6 — Le législateur national ne peut pas fixer une redevance publique, au taux arrêté par une autorité, pour l'usage de toutes les œuvres accessibles, lorsque les contenus servent à entraîner un modèle exploité commercialement, sous le contrôle d'un juge saisi par les personnes concernées, avec un recours effectif.
Cas de la licence obligatoire en Inde (S6-3) · Codes refusésF
Le premier article engage B et D, le second refuse F. Rapprochés, ils obligent à dire pourquoi une plateforme pourrait trier les éditeurs dignes d'être recommandés quand l'État ne pourrait pas fixer le prix de leurs contenus : deux principes distincts, ou un même principe, la défiance envers un tri centralisé, que la constitution devrait alors appliquer aux deux ?
Quand le décideur est une entreprise
La constitution écrite au fil des séances ne constitue pas un État : elle répartit le pouvoir sur la sphère publique entre États, entreprises, communautés, individus et machines. Dans un cas privé, la décision se prend d'abord à la place de l'entreprise ; l'article tranche ensuite une question de second degré : ce pouvoir doit-il rester privé ?
L'entreprise garde la décision (Code is law), mais sous conditions : critères publiés, recours ouvert aux personnes concernées, audit indépendant.
La loi fixe la règle que le code doit appliquer (Code by law), et un régulateur la fait respecter.
La loi fixe l'objectif, l'entreprise choisit les moyens, un régulateur contrôle les résultats. C'est la logique du règlement européen sur les services numériques, qui impose aux très grandes plateformes d'évaluer et d'atténuer les risques systémiques qu'elles font peser, notamment sur le discours civique et les processus électoraux, de se soumettre à des audits et d'ouvrir leurs données à la recherche [46].
Les entreprises écrivent déjà des textes de nature constitutionnelle. Le Conseil de surveillance de Meta rend des décisions contraignantes sur les cas de modération les plus difficiles [47] ; Anthropic a publié en janvier 2026 une nouvelle « constitution » qui décrit les valeurs et le comportement attendus de son modèle Claude, en la rapprochant de la « spécification » que publie OpenAI pour les siens [48]. La constitution de la sphère publique dit à quelles conditions elle reconnaît de tels textes.
Une séance de 1 h 30, après le cours
S10 fait exception : le travail sur les cas y est resserré, et sa dernière demi-heure confronte les décisions des six séances afin d'en relever les convergences et les contradictions. Sc, conclusive, ne comporte pas de cas.
Le rendu de fin de semestre
Les principes de la constitution et leur hiérarchie : ce qui prime lorsque deux dilemmes entrent en conflit.
Un par séance, de S5 à S10 : la décision dans le cas, l'article et ses codes, sa justification, son contre-pouvoir, le résultat du test du pouvoir hostile et sa place dans le temps long.
Les six articles placés sur les cinq axes et dans le temps long, avec leurs codes, pour rendre visibles les cohérences et les écarts.
Idéalement deux, relevées entre les articles de la constitution ou, à défaut, entre ces articles et ceux d'autres constitutions, notamment lors de la confrontation de S10 ; et la manière de les résoudre : hiérarchie des principes, distinction des contextes ou révision d'un article.
Ce que la constitution ne tranche pas, et pourquoi.
Une conclusion argumentée sur la sous-problématique : ce que l'IA prolonge, amplifie ou transforme, à la lumière des six articles et de la séance Sc.
| Article | Codes | 1 · Qui parle ? imputer ⟷ anonymat |
2 · Quelles voix ? ouvrir ⟷ exclure |
3 · Quelle autorité ? le vrai ⟷ la contestation |
4 · Qui décide ? | 5 · Contre-pouvoir et test | Temps long continuité · amplification · rupture |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| Art. S5 | A … H | entreprise · partagé · État · communauté · juge | nommé · tenu / sous conditions / non | continuité · amplification · rupture | |||
| Art. S6 | … | … | … | … | |||
| Art. S7 … S10 | … | … | … | … |
Cinq positions par dilemme, du premier pôle au second ; un dilemme qu'un article ne touche pas reste vide. La dernière colonne situe le cas par rapport aux pratiques antérieures à l'IA. Les feuilles de toutes les constitutions sont superposées lors de la confrontation de S10.
Les six séances
| Séance | Depuis le cours | Cas (1 et 2 : démocraties occidentales ; 3 : autres contextes politiques) |
|---|---|---|
| S5 · 26.10 Quel droit respecter ? |
De l'abolition de l'espace… à l'émergence des territoires |
|
| S6 · 09.11 Quel modèle économique ? |
De la gratuité… à la propriété |
|
| S7 · 16.11 Quel anonymat ? |
De la liberté d'expression… au ciblage de l'individu |
|
| S8 · 23.11 Quelle modération ? |
De l'intelligence collective… à l'intelligence artificielle |
|
| S9 · 30.11 Quelle architecture ? |
De la décentralisation… à l'hypercentralité |
|
| S10 · 07.12 Quelle vulnérabilité ? |
De la résilience… à la vulnérabilité |
|
| Sc · 14.12 Quelle sphère publique ? |
Conclusion du cours | Prendre de la hauteur : la sphère publique et Internet, avant et avec l'IA ; Barlow face à boyd ; les résultats de la confrontation de S10 |
public décideur public, Code by law · privé décideur privé, Code is law. Dix décideurs publics, huit privés. Autres contextes politiques : Taïwan, Inde (trois cas), Venezuela, Chine. Suisse : expérience de l'Université de Zurich, droit voisin et e-ID en approfondissement. Plusieurs cas sont français (Google Discover, Le Monde) et européens (Grok, Hongrie, ChatGPT, Roumanie).
Références
Séminaire « Sphère publique et IA » · cours Enjeux sociaux et politiques d'Internet · Université de Lausanne · automne 2026.
Version bêta du 4 octobre 2026. L'état de chaque cas est donné à cette date et sera actualisé avant chaque séance. Les sources sont citées dans chaque cas, avec un renvoi numéroté vers la liste des références ; les articles réservés aux abonné·e·s y sont signalés.
Page préparée avec Claude (Anthropic). Claude et Anthropic apparaissent dans plusieurs cas et approfondissements (enquête de Reporters sans frontières en S9-1, tests de presse sur le Hanover Institute en S10-2, outil Digi d'Infopro Digital et Bartz c. Anthropic en S6, Anthropic et le Pentagone en S7, étude sur l'empoisonnement de l'entraînement en S10) : ces passages s'en tiennent aux sources.

Ce blog présente une sélection de l’actualité. Il s’agit essentiellement d’extraits non commentés d’articles de presse, qui font l’objet d’un traitement développé lors des séances.
Les sujets traités dépassent parfois le programme de cet enseignement et s’inscrivent plus généralement dans le programme du master en humanités numériques de l’UNIL.
Bail, Chris, 2021. Breaking the Social Media Prism. Princeton University Press.
Badouard, Romain. 2020. Les nouvelles lois du web. Le Seuil.
Beaude, Boris. 2012. Changer l’espace, changer la société. Editions Fyp.
Beaude, Boris. 2014. Les fins d’Internet. Editions Fyp (The Ends of the Internet, Network Notebook, 2016, english version, CC BY-NC-SA).
Beuscart, Jean-Samuel, Eric Dagiral et Sylvain Parasie (dir.). 2016. Sociologie d’internet. Armand Colin.
Boullier, Dominique. 2016. Sociologie du numérique. Armand Colin.
Boullier, Dominique. 2026. Déshumanités numériques. Armand Colin.
Cardon, Dominique, Sylvain Parasie, Donato Ricci, L'Atelier de cartographie de Sciences Po. 2023. Atlas du numérique. Presses de Sciences Po.
Cardon, Dominique. 2019. Culture numérique. Presses de Sciences Po.
Chavalarias, David. 2022. Toxic Data. Champs.
Méadel, Cécile et Francesca Musiani (coord.). 2015. Abécédaire des architectures distribuées. Presses des Mines.
Le Crosnier, Hervé et Valérie Schafer (dir.). 2019. La neutralité de l’internet : Un enjeu de communication. CNRS Éditions.
Lévy, Pierre. 1994. L'Intelligence collective : Pour une anthropologie du cyberespace. La découverte.
Turner, Fred. 2012. Aux sources de l’utopie numérique, C&F éditions (préface de Dominique Cardon).
Version originale : From Counterculture to Cyberculture: Stewart Brand, the Whole Earth Network and the Rise of Digital Utopianism 2006. University of Chicago Press.
Abiteboul, Serge et Dowek, Gilles. 2017. « Le temps des algorithmes ». Le Pommier.
Barabási, Albert-László. 2016. « Network Science ». Cambridge University Press.
Barats, Christine. (dir.). 2016. Manuel d'analyse du web. Armand Colin.
Barnes, Trevor J. 2013. "Big data, little history''. Dialogues in Human Geography, 3, 3, pp 297–302.
Benkler Yochai, Robert Faris and Hal Roberts. 2018. Network Propaganda. Oxford University Press.
Beuscart, Jean-Samuel, Eric Dagiral et Sylvain Parasie (dir.). 2016. « Sociologie d’internet ». Armand Colin.
boyd danah., Kate Crawford. 2012. "Critical questions for big data", Information, Communication & Society, 15, 5, pp 662‑679.
Cardon, Dominique. 2013. « Dans l’esprit du PageRank. Une enquête sur l’algorithme de Google », Réseaux, n° 177, 1, pp 159-198.
Cardon, Dominique et Antonio Casilli. 2015. « Qu'est-ce que le digital labor? ». INA Editions.
Casilli, Antonio. 2019. « En attendant les robots. Enquête sur le travail du clic ». Seuil.
Citton, Yves (dir.). 2014. « L'économie de l'attention: Nouvel horizon du capitalisme ? ». La Découverte.
DiResta, Renée. 2024. Invisible Rulers. PublicAffairs.
Dodge, Martin & Rob Kitchin. 2005. "Code and the Transduction of Space". Annals of the Association of American Geographers, 95, 1, pp 162–180.
Donath, Judith et danah boyd. 2004. "Public Displays of Connection", BT Technology Journal, vol. 22, n° 4, p. 71‑82.
Graham, Mark, Ralph K Straumann et Bernie Hogan. 2015. "Digital Divisions of Labor and Informational Magnetism: Mapping Participation in Wikipedia", Annals of the Association of American Geographers, vol. 105, n°6, p. 1158‑1178.
Greenfield, Adam. 2017. "Radical Technologies. The Design of Everyday Life". Verso.
Kitchin Rob. 2013. "Big data and human geography: Opportunities, challenges and risks", Dialogues in Human Geography, 3, 3, pp 262‑267.
Lazer, David et al. 2009. "Computational Social Science". Science, 323, 5915, pp 721–723.
Lazer, David et al. 2014. "Big data. The parable of Google Flu: traps in big data analysis". Science, 343, 6176, pp 1203–1205.
Lessig, Lawrence. 2000. "Cyberspace’s Constitution, Draft 1.1", Lecture given at the American Academy, Berlin, Germany, February 10, 2000.
Lessig, Lawrence. 2004. Free Culture. The Penguin Press (version française).
Lévy, Jacques. 1994. « L’espace légitime : sur la dimension géographique de la fonction politique ». Presses de la Fondation nationale des sciences politiques.
Lussault, Michel & Mathis Stock. 2010. "Doing with space: towards a pragmatics of space". Social Geography, 5, 1, pp 11–19.
Mayer-Schonberger, Victor & Kenneth Cukier. 2013. "Big Data : A Revolution That Will Transform How We Live Work and Think". Houghton Mifflin Harcourt.
Martin, Olivier et Eric Dagiral (dir.). 2016. « L’ordinaire d’internet. Le web dans nos pratiques et relations sociales », Paris : Armand Colin.
McLuhan, Marshall. 1969. "An Interview with Marshall McLuhan". Playboy, mars 1969.
Merzeau, Louise. 2009. « Présence numérique : les médiations de l'identité », Les Enjeux de l'information et de la communication, 2009, 1, p. 79‑91.
Musiani, Francesca. 2015.Nains sans géants. Architecture décentralisée et services Internet. Presses des Mines.
Nakamoto, Satoshi. 2009. "Bitcoin: A Peer-to-Peer Electronic Cash System". Bitcoin.org.
Nova, Nicolas. 2009. « Les médias géolocalisés: comprendre les nouveaux espaces numériques ». FYP.
Nova, Nicolas. 2020. « Smartphones. Une enquête anthropologique ». mētispresses.
Pariser, Eli. 2011. "The Filter Bubble: What the Internet Is Hiding from You ». The Penguin Press.
Pasquale, Frank. 2015. "The Black Box Society: The Secret Algorithms That Control Money and Information". Harvard University Press.
Pentland, Alex. 2014. "Social Physics: How Good Ideas Spread-The Lessons from a New Science". The Penguin Press.
Pinker, Roy. 2020. « Fake news & viralité avant Internet ». CNRS Editions.
Roberts, Sarah T. 2020. « Derrière les écrans ». La Découverte.
Rouvroy, Antoinette. & Thomas Berns. 2013. « Gouvernementalité algorithmique et perspectives d’émancipation ». Réseaux, 177, 1, pp 163–196.
Schneier, Bruce. 2015. "Data and Goliath: The Hidden Battles to Collect Your Data and Control Your World", New York : W. W. Norton & Company.
Sunstein, Cass R. 2007. "Republic.com 2.0". Princeton University Press.
Tufekci, Zeynep. 2008. "Grooming, gossip, Facebook and MySpace", Information, Communication & Society, vol. 11, n° 4, p. 544‑564.
Tufekci, Zeynep. 2014. "Engineering the public: Big data, surveillance and computational politics", First Monday, vol. 19, n° 7.
Anderson, Chris. 2008. "The end of theory". Wired magazine, 23 juin 2008.
Anderson, Chris. 2009. Free: The Future of a Radical Price Culture, Hyperion.
Barlow, John Perry. 1996. "A Declaration of the Independence of Cyberspace". EFF, 8 février 1996.
boyd, danah. 2016. "It’s not cyberspace anymore". Data & Society: Points, 5 février 2016.
Harford, Tim. 2017. "A way to poke Facebook off its uncontested perch", The Economist, 3 novembre 2017.
Les décodeurs. 2018. « Comment les fausses informations circulent sur Facebook ? », Le Monde.
Lessig, Lawrence. 2000. "Code Is Law. On Liberty in Cyberspace", in Harvard Magazine, 1 janvier 2000.
Nakamoto, Satoshi. 2009. "Bitcoin open source implementation of P2P currency". P2P Foundation.
IEA - The International Energy Agency
IEA - 4E - Energy Efficient End-use Equipment
ITU - International Telecommunication Union
ITU - Green Digital Action
UNEP - United Nations Environment Programme
UNITAR - United Nation Institute for Training and Reasearch - E-waste Monitor
World Bank Group - Digital
EEA - European Environment Agency
ARCEP - Autorité de régulation des communications électroniques, des postes et de la distribution de la presse
ADEME - Agence de la transition écologique
OFEV - Office fédéral de l’environnement
OFEN - Office fédérale de l’énergie
OFS - Office fédérale de la statistique
SDEA - Swiss Datacenter Efficiency Association
Cet enseignement est validé par la remise de trois documents :
Une « déclaration d’indépendance du cyberespace », dont la longueur ne doit pas dépasser celle de John Perry Barlow (cf. supra).
La participation au séminaire, accompagnée d’une synthèse personnelle.
L'analyse d’un enjeu environnemental du numérique portant sur l’une des séances.
La « déclaration d’indépendance du cyberespace » est un document simple, destiné à un large public, qui présente une proposition personnelle des enjeux sociaux et politiques d’Internet. Le titre est libre et peut être adapté au contenu de la déclaration.
Ce document est obligatoire et individuel.
En revanche, la subjectivité de la proposition faisant partie de la démarche, ce document n'est pas évalué.
La validation de cet enseignement suppose de participer aux séances du séminaire, en préparant les séances (lectures et recherches préalables) et en contribuant à la qualité des discussions collectives et de groupe lors des séances.
Cette participation s’accompagne d’une synthèse, élaborée tout au long du semestre, qui rend compte des enjeux abordés, de leur complexité et de leur importance relative en termes de durabilité. Cette synthèse peut articuler toutes les séances de manière transversale. Elle ne doit pas dépasser 2 pages.
Cette partie ne fait pas l’objet d’une notation. Elle est en revanche obligatoire.
Le principal rendu de cet enseignement repose sur l'analyse de l’une des affirmations médiatisées proposées dans le cadre du séminaire.
Choix des séancesL’analyse sera partagée en deux temps :
Présentation orale lors de la séance 9 ou 10.
Rendu écrit de fin de semestre.
La présentation orale et le rendu final doivent présenter :
la diffusion médiatique de l’affirmation considérée ;
l’identification de la source la plus probable ;
la diffusion de la source au-delà de l’affirmation considérée, ainsi que les variations observées ;
la robustesse et les fragilités de la source, ainsi que les principales critiques de cette affirmation ;
l’actualisation de cette affirmation ;
la relativisation de cette affirmation parmi l’ensemble des pratiques numériques, mais aussi générales (construction, mobilité, chauffage, alimentation,…) ;
la considération de la dimension sociétale de la pratique considérée ;
une conclusion rétrospective sur l’affirmation, sa diffusion et ses fondements ;
Le traitement de ces problématiques spécifiques devra considérer :
la difficulté à trouver des données fiables sur le sujet ;
la différence entre l’impact individuel et collectif (par exemple, impact unitaire marginal ou important) ;
la pluralité des contextes (France & Allemagne, Samsung & Apple, Smartphone & TV, petite ou grande TV,…) ;
la complexité de l’évaluation de l’impact selon toutes les dimensions considérées.
Ce document a surtout vocation à encourager une réflexion qui engage à saisir la complexité de l’impact environnemental du numérique. La démarche encourage une perspective critique susceptible de dépasser la confusion et les amalgames récurrents dans ce domaine, et d’avoir une meilleure prise sur les défis environnementaux présents et à venir.
Ce document doit être composé de 30000 signes (+/- 10%), accompagné de références (bibliographie et sources). Le nombre de signes comprend les espaces et les notes de bas de page.
La qualité de la « Déclaration d’indépendance du cyberespace » et la contribution à la qualité des débats lors des séances du séminaire et le rendu réflexif personnel seront pris en compte pour ajuster la note finale (+/- ¼ de point).
Les documents (la Déclaration d’indépendance du cyberespace et l’Analyse d’un enjeu environnemental) doivent être remis au plus tard le 8 janvier 2026 à 17h, au format PDF, à l’adresse suivante : rendus_espi AT beaude.net.


Illustrations en arrière-plan de Andrei Lacatusu (Social decay).
Ce site est en construction. Les informations qui y figurent sont susceptibles d’être modifiées régulièrement.
Texte à mettre à jour
Texte à mettre à jour